Aldous Huxley, 50 ans après

Le 22 novembre 1963 mourait l’écrivain britannique Aldous Huxley. Il est évidemment connu pour son oeuvre magistrale Le Meilleur des mondes, terrible dystopie décrivant une humanité parvenue à l’ère industrielle. Huxley a écrit ce texte en 1932, mais en le lisant actuellement il semble toujours d’actualité. Mondialisation, reproduction humaine à l’aide d’utérus artificiels, disparition de la famille, individu appartenant à l’Etat, société où l’homme n’est plus qu’un producteur et un consommateur, conditionnement par la publicité, les loisirs et la drogue,… le futur tel que dessiné selon Huxley semble être notre avenir proche tant notre société de consommation a des ressemblances avec le Meilleur des mondes.

Huxley partage avec George Orwell une lucidité sur son époque et sur l’avenir qui se prépare… Orwell a écrit 1984, un roman essentiel décrivant un monde totalitaire futuriste. 1984 est l’autre grande dystopie du XXeme siècle avec Le Meilleur des mondes. Mais Aldous Huxley dépasse Orwell car ce dernier décrit un totalitarisme répressif ressemblant à celui de l’URSS stalinienne et aux fascismes européens. Ces formes de totalitarisme ont prévalu au XXeme siècle et actuellement ce qui nous menace aurait plutôt la forme d’une tyrannie douce comme celle du Meilleur des mondes. L’univers d’Huxley est sans violence. Tout est conditionné, tout le monde est manipulé et vit dans une monde de consommation, de loisirs, sans souffrance, où le sexe et la drogue viennent combler le vide existentiel.

Quand on regarde notre progrès technique fait de PMA, de GPA, de projets d’utérus artificiels, de fécondation par deux gamètes mâles ou deux gamètes femelles, on voit se dessiner de grands changements de société… et cette nouvelle société n’est pas sans rappeler celle d’Huxley. Consumérisme, sexualité débridée, omniprésence de la pub, nous prenons le chemin de la société de plaisir Huxleyenne… Nous sommes bien loin de la grisaille de 1984.

Huxley a parfaitement compris cela et il l’explique dans Retour au Meilleur des mondes, un essai publié vingt ans après.

Mais Huxley a un autre visage. C’est un personnage complexe car en lisant Retour au Meilleur des mondes, on peut s’interroger : ne serait-il pas, au fond, favorable au monde terrifiant qu’il dénonce ? En effet, dans ce livre il justifie le contrôle des naissances pour que la population mondiale ne dépasse pas deux milliards d’habitants et surtout il a des propos justifiant l’eugénisme…Certes, Huxley n’est pas favorable à l’élimination des plus faibles pour sélectionner les plus forts. Son discours défend plutôt l’idée d’améliorer l’espèce humaine par la technique. Idée qui a été défendue par son frère, Julian Huxley, biologiste et premier directeur de l’Unesco. Julian a été le promoteur de cette nouvelle idéologie. Il a appelé cela le transhumanisme, qui vise à transformer l’homme en un “transhumain” : “un homme qui reste un homme, mais se transcende lui-même en déployant de nouveaux possibles de, et pour, sa nature humaine.” 1

Là est le paradoxe d’Aldous Huxley : la frontière entre la dénonciation d’un système et la fascination envers lui est floue.

Une chose est certaine : la dystopie décrite dans le Meilleur des mondes est proche du transhumanisme inventé par son frère. Or ce transhumanisme est une idée actuellement très en vogue. Les nombreux auteurs transhumanistes croient mordicus en un monde nouveau avec un homme nouveau surpuissant et peut-être même immortel. L’homme interviendrait dans sa propre évolution biologique, et se donnant de nouvelles capacités. Ces questions touchant la société et le progrès technique sont au coeur des problématiques dites d’écologie humaine.

Cf Charles Vaugirard, 22.11.2013

http://cahierslibres.fr/2013/11/aldous-huxley-50-ans-apres/

 

Georges Vignaux

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