Discours et manipulations

Discours et manipulations / Georges Vignaux Amazon : Canada, France, UK, USA
PDF : 3,50 $ / 3,00 / 2,50 £
ISBN : 978-1530911813 / 208 p.

Le discours n’est jamais un écho ni un reflet d’une quelconque « réalité », de même que le langage ne « traduit » en aucun cas la pensée. Contrairement à l’opinion commune. Le discours est une construction sur un monde réel ou imaginaire. Le « secret » du discours est donc à chercher dans le langage qui le permet : non pas dans les mots que le langage emploie, mais dans le langage lui-même en tant que système et phénomène à la fois. Système parce qu’au-delà des variations, il y a des régularités constantes dans le fonctionnement du langage qui font qu’on peut repérer ce qui se dit de l’un à l’autre et donc se comprendre, même s’il existe des malentendus.

Phénomène parce qu’effectivement, grâce à ces régularités, en les « manipulant », chacun pourra toujours créer ses propres dires : chaque discours sera d’une certaine façon, « original » même si l’on pense toujours que les uns ou les autres se répètent. C’est pourquoi il nous faut travailler — comme c’est le cas ici — à exhiber les opérations qui font le discours et qui sont à la disposition de chacun grâce au langage. Victor Klemperer estimait que la victoire de l’idéologie nazie venait de ce que la répétition de certains mots avait fini par pénétrer tous les esprits, y compris ceux des ennemis du nazisme. Ce faisant, elle imposait à tous une langue restreinte et un commun rapport à la réalité, dont la perception était dès lors faussée. On constate aujourd’hui l’emploi d’une langue commune aux grands consommateurs d’information que sont les journalistes, les personnalités politiques et médiatiques. Une langue appauvrie, bornée, tissée des sempiternelles mêmes locutions : « battre son plein », « opération coup de poing », « être sur la sellette », « coup de filet », « tirer à boulets rouges », etc.

On peut parler, plus particulièrement concernant la télévision, d’une langue-écran, d’une langue qui tend à occulter plutôt qu’à donner à voir ; en somme : qui tend à imposer un regard. Eric Hazan, dans un livre paru début 2006, analysait de façon détaillée toute la richesse du verbe médiatique œuvrant à rendre acceptable l’ordre capitaliste dominant comme seul horizon, triomphant, qui « vise au consensus et non au scandale, à l’anesthésie et non au choc du cynisme provocateur. C’est pourquoi l’un de ses principaux tours est (…) l’euphémisme ». La perception des événements est donc faussée par « l’émoussement de la sensibilité » et l’exagération peut devenir la norme : on parle de « film déjà culte » avant même sa sortie en salle, d’artiste ou de « tubes de légende », ou encore de toutes sortes de « miracles ». Ces façons langagières — issues de la corruption publicitaire — finissent par investir la langue de la « rue », à l’image de ces candidats d’émissions de téléréalité qui pérorent avec sincérité de leur « aventure formidable » — laquelle n’a été qu’un quelconque spectacle dont ils ont été les clowns.

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