Les « humains augmentés » : demain, tous super-héros?

Avoir des yeux qui crachent des rayons laser, devenir un un troll géant verdâtre et colérique ou courir à une vitesse approchant celle de la lumière, cela ne va pas vraiment être possible, n’en déplaise aux défenseurs ardents des Avengers, de Flash ou des X-men.

Pourtant, la science et la technologie sont en train de modifier l’humain, non pas pour le pire, mais pour le meilleur, du moins pour l’instant. Car nombre des technologies développées ou en cours de développement ne sont pas des gadgets, loin de là, et serviront avant tout à améliorer la vie des personnes handicapées. Faire en sorte qu’un paralytique puisse de nouveau marcher, qu’un aveugle puisse voir, qu’un sourd puisse entendre, est une justification suffisante pour multiplier les recherches.

Mais au-delà de l’utile, on va également vers l’accessoire. L’augmentation de nos capacités physiques d’humains « normaux » est-elle à l’ordre du jour ? Pourra-t-on bientôt devenir des super-héros sans avoir besoin de s’exposer à des explosions nucléaires, à des potions bizarres ou à des morsures d’araignées radioactives ?

L’armure d’Iron-Man a de l’avenir

Côté super-héros de bande dessinée et du grand écran, celui qui a le plus de chances de voir le jour, c’est bien Iron Man. Les armures pour protéger les soldats et décupler leurs forces sont en effet l’un des rêves du Pentagone et de ses équivalents de par le monde. Les exosquelettes, qui viennent se plaquer sur les membres pour renforcer les os et les muscles, sont déjà une réalité.

D’autres expériences sont effectuées pour mettre au point des vêtements dont la rigidité et l’élasticité pourraient être variables, et qui tout en autorisant une grande mobilité seraient particulièrement résistants aux chocs. De tels accessoires ne sont d’ailleurs pas que pour les militaires : secouristes et pompiers, ou encore ouvriers qui travaillent dans des conditions extrêmes, pourraient en avoir l’usage.

Implants et accessoires : l’humain bionique ?

Depuis le pacemaker et le cœur artificiel, les implants technologiques à but thérapeutique nous sont devenus familiers. Mais ces deux ancêtres sont aujourd’hui rattrapés par d’autres types d’inventions.

On peut ainsi distinguer trois grandes tendances dans ces transformations technologiques de l’humain :

– Celles qui consistent à implanter des éléments artificiels dans le corps. Par exemple, des implants ont été testés pour stimuler les neurones rétiniens de patients à la vue endommagée. Les capteurs destinés à surveiller notre état de santé sont devenus tellement grand public qu’Apple y a pensé en concevant sa nouvelle montre, mais l’avenir serait plutôt à des mini-circuits greffés sous la peau. Cela pourrait même aller jusqu’à de la mémoire artificielle… ou à des transformations cosmétiques.

– Des modifications d’origine biologique. Par exemple, des chercheurs du Michigan ont eu l’idée d’utiliser un virus inoffensif dans lequel a été introduit l’ADN d’algues photosensibles avant de l’injecter dans les yeux de patients souffrant de rétinite pigmentaire (une maladie de l’œil conduisant à la cécité). Le but est de rendre la vue aux patients en faisant en sorte que d’autres cellules de l’oeil fassent le travail de celles endommagées par la maladie.

Dans le même ordre d’idée, des biologistes australiens étudient la capacité d’une espèce de chauve-souris à transporter des maladies mortelles sans être affectée par elles, en espérant trouver un moyen de l’utiliser pour les humains.

C’est aussi dans cette catégorie que se situent les expérimentations des bio-hackers, en-dehors du cadre de la recherche scientifique.

– Des accessoires nous donnant des capacités supplémentaires : des lunettes qui permettent de prévoir la trajectoire d’un objet et la matérialisent devant vous, un casque de ski qui détecte les dangers venant de toutes les directions, ou même des vêtements devenant des interfaces sensorielles, un peu comme si vous pouviez ressentir la pluie qui ruisselle sur votre imperméable.

Ce même genre de vêtements pourrait réagir à votre toucher pour déclencher certaines fonctionnalités intégrées à l’intérieur… ou simplement s’adapter en fonction de l’environnement, laissant passer plus ou moins d’air en fonction de la température extérieure.

Dans ce même domaine, on ajoutera toutes les prothèses destinées à remplacer les membres perdus, qui se branchent directement sur le système nerveux ou qui se commandent par la pensée. Et cela comprend même un prototype de « sixième doigt «  pour augmenter notre dextérité !

Pour alimenter tout cela, diverses méthodes sont étudiées pour générer du courant électrique à partir du corps lui-même : pas besoin de changer les piles…

Beaucoup de systèmes existent déjà au moins à l’état de projet. Ils impliquent souvent un matériel informatique, mais avec les miniaturisations et intégrations prévisibles, ils pourraient, dans les années à venir, devenir partie intégrante de notre appareil vestimentaire ou de notre corps.

Tout actionner par la pensée

On pourrait les baptiser « les commandes télépathiques  du professeur X ». C’est aussi l’une des grandes tendances dans la recherche : la transmission de signaux par la pensée pour activer des équipements électroniques.

Des expériences ont par exemple été menées en Australie avec un appareil implanté près du cortex moteur et qui permet à une personne paralysée de se déplacer avec un exosquelette obéissant aux impulsions cérébrales, et ce sans recourir à une chirurgie cérébrale complexe. Les « interfaces neuronales directes », qui permettent de commander ainsi des équipements électroniques, font l’objet de nombreuses recherches fructueuses. En revanche, la télépathie et la télékinésie ne sont pas au menu…

Le « sens radar » de Daredevil

Le personnage de Dardevil est particulièrement intéressant : victime d’un accident, il perd la vue, mais par la magie de l’imagination des scénaristes, il est doté en échange d’une sorte de « sens radar » qui lui permet de se situer dans l’espace plus efficacement que lorsque ses yeux fonctionnaient encore. Là, on y est presque. Des prototypes permettent de transformer les informations visuelles en signaux acoustiques, de manières à redonner une perception du monde aux aveugles.

Il est également possible de transformer les informations visuelles ou sonores en informations tactiles. Ainsi, les aveugles pourraient « ressentir » leur environnement, et les sourds seraient capables de percevoir les sons en forme de toucher sur leur peau.

Reculer les limites de notre perception du monde

Le fait de « mélanger » ainsi les sens est particulièrement fascinant. Le Docteur David Eagleman, spécialiste en neurosciences, a donné l’an dernier une conférence sur le sujet qui ouvre bien des horizons. « Notre expérience de la réalité est limitée par notre biologie », expliquait-il alors, précisant que nos yeux ne peuvent percevoir qu’un dix mille milliardième de l’ensemble des ondes lumineuses, et d’autres animaux ont des perceptions bien différentes des nôtres. Certains voient davantage dans l’infrarouge, d’autres dans l’ultraviolet. Les chauve-souris perçoivent les vagues de compression de l’air, certains chiens ont un odorat leur permettant de savoir qu’il y a un chat à 100 mètres, des pigeons se repèrent par rapport au champ magnétique terrestre, d’autres animaux sont sensibles aux champs électriques, à la température…

Mais nous avons les moyens de changer cela, car notre cerveau est adaptable. « Votre cerveau n’entend pas et ne voit pas, il reçoit des signaux électro-chimiques, » précise le scientifique. Et quelle que soit la provenance de ces signaux, il a la capacité d’y trouver un sens : « Votre cerveau ne sait pas d’où viennent les signaux, et il s’en fout. Il prend tout et trouve ce qu’il peut en faire ».

Ce que cela signifie ? Que nous pouvons interpréter de nombreuses informations sensorielles, tant que nous avons les bons récepteurs pour le faire. C’est comme cela que l’on peut « entendre » grâce à des capteurs tactiles sur la peau, ou « voir » grâce aux ondes sonores. En théorie, rien ne nous empêcherait de nous adapter pour percevoir différentes gammes d’ondes lumineuses, de voir les ondes radio, les rayons X, de ne plus jamais se perdre en ayant un « compas » dans la tête, de renifler les couleurs, de goûter les sons, d’avoir un odorat de chien de chasse et de percevoir tout ce qui nous entoure, à 360 degrés. Le tout est de développer les capteurs pour cela, et de les « brancher » sur notre cerveau en lui laissant le soin de tout interpréter. C’est peut-être ce que feront les humains de demain.

Pour ce qui est de devenir des super-héros, il y a encore pas mal de boulot. Mais dans tous les cas de figure, oubliez spider-man : si vous pesez davantage qu’un gecko, vous ne pourrez pas marcher au plafond.

 

Jean-Paul Fritz, Le Plus. Nouvel Obs, 26.02.2016.

http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1488462-demain-tous-super-heros-comment-science-et-technologie-preparent-des-humains-augmentes.html

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