L’image, fragment d’une réalité

« La photographie est toujours partagée entre deux désirs opposés et complémentaires : l’un vise à arrêter le défilement du temps et à figer la représentation, l’autre anticipe et accompagne le mouvement du monde. Le premier est mélancolique, le second est bonheur »

Serge Tisseron

De la grotte de Chauvet à l’écran d’ordinateur, du stade du miroir à la métamorphose de Narcisse, de la fille de Dibutade à l’être aimé, l’Image joue le rôle de représentation du monde tel que nous le ressentons à travers nos affects.

Première vision

L’enfant qui ouvre les yeux pour la première fois et pousse son premier cri est un signe de vie et de lien avec le monde, mais que voit le nouveau né ?

Par faute de pigments dans la rétine, le bébé voit en noir et blanc et n’a aucune perception des reliefs et des distances. Cette absence de pigments dans l’iris explique également les yeux sombres des nourrissons. En quelques mois il passe du stade de la tâche floue à celui de l’Image en trois dimensions, les couleurs apparaissent au bout du quatrième mois : le rouge sera la première.

Les mouvements oculaires du bébé semblent se disperser, il est cependant capable de fixer son regard sur le visage maternel. Peu à peu, l’odeur, la voix, les mimiques de la mère s’associent à ce que l’enfant voit pour créer une Image familière permanente.

Que retient le bébé lors de ses premières visions? l’Image de sa mère continuellement présente ou l’Image de la personne amenée à disparaître ?

Ce que l’on voit pour la première fois détermine t’il notre relation au monde et le rapport que l’on a aux choses ? L’Image existe t’elle pour ce qu’elle est ou est-elle la trace laissée par notre première vision ?

Le stade du miroir selon Merleau-Ponty

« L’image propre en même temps qu’elle rend possible la connaissance de soi, rend possible une sorte d’aliénation : je ne suis plus ce que je me sentais être immédiatement, je suis cette image de moi que m’offre le miroir. Il se produit, pour employer les termes du docteur Lacan, une « captation » de moi par mon image spatiale.   Du coup je quitte la réalité de mon moi vécu pour me référer constamment à ce moi idéal, fictif ou imaginaire, dont l’image spéculaire est la première ébauche. En ce sens je suis arraché à moi-même, et l’image du miroir me prépare à une autre aliénation encore plus grave, qui sera l’aliénation par autrui.    Car de moi-même justement les autres n’ont que cette image extérieure analogue à celle qu’on voit dans le miroir, et par conséquent autrui m’arrachera à l’intimité immédiate bien plus sûrement que le miroir. »

Plusieurs éléments sont en « je » dans l’expérience du miroir.

« Ceci n’est pas une pipe »

Il y a d’abord la chose (le moi), puis l’Image de la chose (l’image que l’on a de soi); c’est à dire la représentation de la chose, enfin, il y a le mot désignant la chose.(« c’est moi »)

Le soi est d’une complexité mouvante qu’il est parfois difficile voire impossible de se/le/me représenter.

Notre sensibilité détermine notre rapport au monde et à l’autre.

De la fille de Dibutade à l’être aimé

Brève histoire de l’ombre :

« Dibutade de Sicyone, simple potier de terre, est le premier qui se soit avisé d’exprimer la figure humaine avec de l’argile. On dit que la chose se passa à Corinthe, et que sa fille lui en fit naître l’invention. C’est qu’étant amoureuse d’un jeune homme, qui l’aimait, et qui devait la quitter pour un long voyage, elle se mit dans l’esprit d’en conserver les linéaments extérieurs, qu’elle traça fidèlement contre la muraille, avec du charbon, à l’aide d’une lampe, qui les marquait devant ses yeux. Et voilà l’origine de ce Contour célèbre, qui a longtemps été regardé comme le Père de la Plastique, de la Peinture, de la Sculpture, et généralement de tous les Arts qui dépendent du trait ». 

[Édité à Londres, chez Guillaume Bowyer, 1725]

Le trait/L’attrait

L’Image interroge ce qui est amené à disparaître, ou plutôt ce qui a été mais qui n’est plus. L’image n’est que passé. Elle s’inscrit dans un temps mort. Elle peut même se situer entre la vie et la mort. Dans certaines photos se trouve cette sensation de vie et de mort.

Par exemple la photo Mort d’un soldat républicain de Robert Capa, datant de 1936 durant la guerre civile espagnole. Cette photo a été prise au moment où le soldat se fait toucher par une balle. Que se passe t’il après la photo ?  … Le soldat meurt. L’instant d’avant il était vivant, la photo a prit la mort dans son (dé)clic. Quelle est donc la responsabilité du photographe ?

Le processus de l’image peut se dérouler ainsi : présence réelle, disparition, figuration de ce qui a été présent.

L’Image permet de supporter l’absence. Toutes les choses qui nous sont peu accessibles, l’Image a ce pouvoir de mieux les représenter (« l’Image que l’on se fait »).

Comment l’Image est liée à un affect ?

« Faire quelque chose de ce qui m’a fait » (de ce qui m’affect) disait Sartre.

Sartre veut devenir sujet de lui même, au lieu d’être ce que les autres attendent de lui. La construction du Narcissisme vient de là : Faire quelque chose de ce que les autres m’ont fait.

Il y a des Images que nous (re)cherchons toute notre vie ; la nôtre par exemple,  puis des Images que nous attendons, celle d’un film à développer.

Puisque j’adviens comme sujet dans l’Expérience , je vais m’approprier le monde, ou du moins faire du monde, mon monde sans le posséder. Je ne peux le changer car il ne m’appartiens pas, ce que je change c’est mon rapport au monde. Du coup, j’en accepte la perte.

http://artisthme.fr/l-image-fragment-dune-realite/

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