La réputation

Dans son dernier essai, la philosophe Gloria Origgi analyse cet instrument stratégique et parfois destructeur.

Très loin des commérages en tous genres, la réputation est un sujet sérieux. « La majeure partie de ce qu’il est important de savoir sur les autres n’est pas facilement observable : leur honnêteté, leur fiabilité, leur efficacité, leur intelligence » En revanche la trace laissée par leurs interactions sociales donne des éléments de réponse.

C’est un second moi, l’« image améliorée » de nous-même que nous avons créée et que nous voudrions que les autres reconnaissent, explique la philosophe Gloria Origgi : la réputation sur laquelle se construit confiance et réciprocité.

Dans son dernier essai La réputation. Qui dit quoi de qui, Gloria Origgi en analyse le concept. Comment se construit une réputation ? Des agences de notation, aux entreprises voire aux célébrités, comment construit-on des indices de réputation fiables ou reconnaissables par tout le monde ? Comment se maintient-elle ? Comment nous aide-t-elle à intégrer un groupe ? Quel rôle joue-t-elle dans les organisations humaines ? Comment Internet a « introduit des systèmes de classements, de poids, de biais dans la connaissance » ?

Autant de questions auxquelles répond l’auteur, en expliquant en quoi la réputation, qui n’est rien d’autre qu’« un amas d’opinions » dont la circulation nous échappe largement, est un instrument stratégique et parfois destructeur.

Capital social

S’il est important de s’en préoccuper explique la philosophe et chercheuse au CNRS, c’est parce qu’elle « constitue l’information sociale essentielle pour qu’un groupe développe des normes morales et sociales ». De Nicolas Machiavel à Pierre Bourdieu en passant par Karl Marx, le constat est le même : le capital social dépend toujours des autres, des liens que nous tissons avec eux et du fait qu’ils les reconnaissent. Dans l’histoire, comme dans les faits divers, certains ont préféré sacrifier leur vie plutôt que leur réputation.

Mais bien au-delà de la norme morale, la réputation devient un guide lorsque le monde s’obscurcit, dans un contexte de crise où tout un chacun navigue plus ou moins à vue. Ce sont les classements spontanés, faits entre pairs, à travers les hiérarchies informelles basées sur la reconnaissance de codes communs qui « déterminent les valeurs » écrit-elle. La réputation est ainsi exploitée « pour obtenir de l’information ». Les valeurs seront ultérieurement confirmées ou infirmées par des éléments objectifs (les notes, les salaires, etc..).

Et ce constat est valable pour tous et tout : les hommes et leurs compétences, les entreprises et la marque employeur mais aussi les marchandises, leur qualité et leur prix. « Un marché dans lequel la qualité est incertaine a besoin de garanties réputationnelles pour les consommateurs » prend en exemple Gloria Origgi. Ces « garanties » se constituent aujourd’hui sur les réseaux sociaux, par des algorithmes ou des utilisateurs, qui sont l’un comme l’autre manipulables. Gloria Origgi analyse, dans son essai, la fiabilité des processus de validation.

Pour la philosophe, la réputation est un second ego qu’il vaut mieux bien connaître, car c’est une partie entière de l’identité qui permet de mieux « comprendre qui je suis et pourquoi j’agis » conclut-elle. Appliquée à l’entreprise, c’est un véritable phare pour naviguer dans un monde toujours en crise.

La réputation, qui dit quoi de qui, de Gloria Origgi, éditions PUF, 302 pages.

Anne Rodier, Le Monde, 23.09.2015.

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/emploi/article/2015/09/22/qu-est-devenue-la-reputation-au-xxie-siecle_4767073_1698637.html#XUVSC1Vr7Yg3DEFQ.99

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