Génétique : Néandertal continue de parler en nous

Des chercheurs ont analysé le fonctionnement des gènes dans un génome possédant une part de néandertal « reconnaissable».

L’homme de Néandertal et l’homme moderne se sont côtoyés quelques milliers ou dizaines de milliers d’années. Temps pendant lequel ils se sont légèrement hybridés, avant que, il y a 40.000 ou 30.000 ans, néandertal ne disparaisse. On estime que l’Homo sapiens possède aujourd’hui de 1,5 % à 2 % du génome néandertalien provenant de ces hybridations. Ces bribes de gènes néandertaliens ont-elles le droit à la parole ou sont-elles de simples fantômes silencieux dans nos génomes? Une équipe américaine vient de montrer que ces traces génétiques néandertaliennes s’expriment encore et que ces gènes ont donc une influence actuelle sur certains traits comme la taille, la susceptibilité au lupus ou à la schizophrénie (travaux publiés dans la revue bimensuelle Cell).

Comment a-t-on pu obtenir ce résultat? Bien des difficultés ont dû être surmontées. Car si l’ADN est séquencé, on peut repérer les gènes présents. Mais pour dire qu’ils fonctionnaient, il faudrait analyser la copie de l’ADN en ARN, ce que l’on ne sait pas faire dans les fossiles. Seule solution pour les chercheurs: analyser le fonctionnement des gènes dans un génome possédant une part de néandertal «reconnaissable».

«Dans environ 25% des sites testés, nous avons pu observer une différence d’expression entre l’allèle néandertalien et l’allèle moderne»

Rajiv McCoy, signataire de l’étude

Les scientifiques ont utilisé une base de données recensant tous les ARN issus de gènes, les anciens et les nouveaux, dans 52 tissus différents. Tous les gènes sont présents en deux exemplaires, ou allèles, l’un venant du père, l’autre de la mère. L’un pouvant être, ou non, moderne, l’autre ancien. «Dans environ 25 % des sites testés, nous avons pu observer une différence d’expression entre l’allèle néandertalien et l’allèle moderne», explique Rajiv McCoy, premier signataire de l’étude. L’expression de ces gènes reliques est différente suivant les tissus: ainsi, elle est très basse dans le cerveau et les testicules, suggérant que ces organes ont subi une évolution plus rapide que les autres depuis la séparation d’avec la lignée de néandertal.

L’étude s’est intéressée à un gène appelé ADAMTSL3, impliqué dans la taille et la schizophrénie. Les chercheurs ont pu constater que l’allèle néandertalien portait une mutation qui augmente le risque de schizophrénie tandis que l’allèle «normal» en protège. Prochain objectif des chercheurs: l’hybridation possible entre les hommes de Denisova (ancêtre sibérien vieux de 30.000 ans) et les populations mélanésiennes et aborigènes.

Jean-Luc Nothias, Le Figaro, 30/03/2017

http://sante.lefigaro.fr/article/genetique-neandertal-continue-de-parler-en-nous

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