Les nouvelles technologies entre utopie et dystopie

La science et les nouvelles technologies sont-elles toujours au service du progrès? Ou peuvent-elles également, lorsqu’elles sont utilisées sans limites, contribuer à l’avènement d’une société plus totalitaire, moins respectueuse de l’être humain?  Comme le rappelle H. Marcuse : « Les camps de concentration, les exterminations massives, les guerres mondiales, les bombes atomiques ne sont pas un « retour à la barbarie » mais l’application incontrôlée des progrès de la science, de la technologie et de la domination moderne« .

Plusieurs romans de la littérature dystopique imaginent des sociétés qui pourraient correspondre à une évolution « naturelle » de nos systèmes sociopolitiques contemporains vers des formes de totalitarisme qui utiliseraient des technologies chaque jour plus sophistiquées pour asseoir leur pouvoir en contrôlant l’intimité des individus. Leurs auteurs décrivent des situations qui peuvent être perçues par le lecteur comme pouvant survenir dans un futur proche. Des livres comme : Nous autres de E. Zamiatine, Le meilleur des mondes d’A. Huxley, 1984 de G. Orwell, Fahrenheit 451 de R. Bradbury, La servante écarlate de M. Atwood ou plus récemment Never let me go de K. Ishiguro décrivent un monde où l’individu est placé dans un univers déshumanisé et totalitaire, dans lequel les rapports sociaux sont dominés par la technologie et la science.

La lecture de ces ouvrages d’anticipation sociale permet de réfléchir à l’utilisation parfois abusive de certains des progrès de la science et des technologies qui sont progressivement entrés dans notre vie quotidienne au cours des trente dernières années et, en se banalisant, sont en train de profondément modifier nos comportements. La fascination pour la technologie tend à faire oublier son impact potentiel sur les libertés individuelles. Des pratiques que l’on retrouve dans les mondes imaginés par la littérature dystopique et que certains n’hésitent pas à qualifier de « déshumanisantes ». Car que seront demain nos libertés fondamentales alors que notre courrier électronique et nos conversations téléphoniques peuvent déjà être écoutés par des agences spécialisées comme la National Security Agency (NSA) américaine? Qu’en sera-t-il de notre liberté de nous déplacer alors que nous sommes en permanence géo-localisables grâce à nos téléphones portables ou nos cartes de crédit? Que deviendront la reproduction humaine et la parentalité alors que prolifèrent dans le monde des banques de gamètes et des entreprises qui louent les services de femmes prêtes à faire des enfants pour d’autres? De quoi l’homme de demain sera-t-il fait puisque l’on peut aujourd’hui trouver des organes et des tissus à acheter sur le marché international pour remplacer ses propres organes défaillants ou traiter certains dysfonctionnements du cerveau grâce à des implants neuro-stimulateurs?

 

* Séminaire animé par Alexandra Ivanovitch, Jean-Daniel Rainhorn et Imma Tubella, Maison des Sciences de l’Homme, Paris

 Georges Vignaux

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A propos georgesvignaux

Directeur de recherche honoraire au Centre national de la recherche scientifique, Paris. Docteur d'Etat en linguistique et sciences cognitives (Paris7) Directeur de programmes en langage et cognition et nouvelles technologies de communication Chevalier dans l'Ordre national du Mérite

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