L’immortalité : Médecine vs Transhumanisme

La vie éternelle est-elle au-delà des limites de l’envisageable ? Et si la réalité rejoignait la fiction ? Ce ne serait pas la première fois. Des chercheurs sont désormais capables de multiplier par 10 l’espérance de vie de certains organismes. Imaginez vivre 500 ans ! Grâce à des procédés cellulaires que les scientifiques sont désormais capables d’imiter, certaines espèces vivent si longtemps que l’on soupçonne qu’elles soient immortels. Régénération des cellules et même remise à zéro sont désormais du domaine du possible. Si la recherche de la vie éternelle n’est pas un but de la recherche clinique, elle pourrait en être un effet secondaire. À moins que la technologie et le mouvement transhumaniste ne la coiffe au poteau.

Le processus complexe de vieillissement n’a pas livré tous ses secrets. Avoir une vision d’ensemble de tous les facteurs qui entrent en jeu serait peut-être synonyme de « remède » à la mort. Cellules, ADN, gènes, molécules, protéines : à chaque échelle sa découverte prometteuse.

Les cellules souches IPS : source inépuisable de cellules jeunes

La plupart de nos cellules se divisent, vieillissent, meurent puis sont remplacées. Ce processus cesse progressivement de fonctionner avec l’âge et le corps vieillit. Mais que se passerait–il si nous étions capables de régénérer nos cellules à l’infini ?

D’abord freinée par des enjeux éthiques, la recherche sur les cellules souches connaît depuis 2006 une révolution. Désormais, il existe une technique de rajeunissement des cellules adultes spécifiques en cellules souches pluripotentes : les fameuses IPS (cellules souches pluripotentes induites). Cette découverte a valu au docteur Shinya Yamanaka, le prix Nobel de médecine en 2012, et pour cause : le potentiel des cellules souches en matière de médecine régénérative est colossal.

Pour avoir une idée des promesses qu’offre la recherche dans ce domaine, il suffit d’observer les capacités régénératrices naturelles de certains organismes. Champion toute catégorie: l’hydre d’eau douce. Coupée en deux, elle est capable, en l’espace de 3 jours seulement, de repousser en deux spécimens distincts et complets! Ce minuscule organisme ne semble pas non plus connaître le vieillissement. Les chercheurs sont aujourd’hui encore incapables d’estimer sa longévité. Il pourrait même être immortel !

Booster la télomérase pour inverser le processus de vieillissement

À l’origine du vieillissement de la cellule, il y a la détérioration progressive du support de l’ADN : les chromosomes. À chaque duplication, leurs extrémités, appelées télomères, se raccourcissent jusqu’à un point critique qui engendre la mort de la cellule. Or, les recherches d’une équipe d’Harvard laissent envisager la possibilité de stopper cette dégénérescence grâce au renforcement de l’enzyme qui fabrique les télomères : la télomérase. Ils ont en effet été capables d’inverser les effets du vieillissement subis par des sourischez qui l’on avait bloqué la production de télomérase. Conclusion : les effets du vieillissement peuvent être réversibles !

Mais, il convient de rappeler que le processus de vieillissement de la cellule ne se cantonne pas simplement au raccourcissement des télomères.

Agir au niveau des mutations de l’ADN

Même si l’on part du principe que la médecine sera bientôt capable de résoudre tous les obstacles du rajeunissement infini des cellules, il reste encore un obstacle de taille à franchir ! Au cours de notre vie, notre génome se modifie peu à peu via les mutations de notre ADN. Ces mutations sont, elles aussi, responsables de la dégénérescence de notre corps. Le dilemme réside dans le fait que, même régénérées, les cellules conservent ces mutations dans leur ADN. À quoi servirait alors, de régénérer une cellule intrinsèquement malade ?

La solution se trouve peut-être dans la nature. Des animaux ultra-résistants comme Tardigrade ou même le rat taupe nu semblent avoir résolu ce problème en développant un système de défense contre les attaques que subit l’ADN. L’évolution a pourvu ces animaux de protéines antioxydantes extrêmement puissantes. Reste à trouver dans la nature, ou par synthèse, des protéines semblables et transposables à l’homme.

Les mutations géniques ne sont pas toujours synonymes de vieillissement, au contraire. Modifier un gène de manière artificielle peut avoir des conséquences extraordinaires sur la longévité. Chez le ver ceanorhabditis elegans, des chercheurs ont réussi à allonger la durée de vie de 19 jours à 300 jours! Si la manipulation du génome humain est interdite et pose des problèmes éthiques évidentes, la stimulation ou l’inhibition de l’activité d’un gène est, elle, possible et offre des perspectives comparables.

Autant de possibilités qui, couplées les unes aux autres, offrent un tableau de perspectives impressionnantes et prometteuses, mais incomplètes. Les progrès en matière de longévité ne sont pas nouveaux mais il semblerait qu’ils soient aux prémices d’avancées spectaculaires. On entend désormais parler d’une espérance de vie à la naissance de 140 ans. Mais est-ce bien raisonnable de se projeter vers de tels sommets ? Ou au contraire est-ce trop prudent ? Ne serait-ce pas devenu déraisonnable de nier la possibilité de révolutions scientifiques de l’ampleur de ce que serait l’immortalité médicale ?

Savoir si les progrès mentionnés précédemment sont sur le point d’engendrer une percée telle qu’elle pourrait être qualifiée de singularité médicale, rien n’est moins sûr. La recherche est un processus long et fastidieux. Même sans enjeux éthiques à la hauteur de ceux qui concernent l’allongement spectaculaire de la vie, cela demande plus d’une décennie de mise au point et d’expériences.

Pour ceux qui se voyaient déjà vivre éternellement, il faudra peut-être céder cette chance (même si le terme porte à discussion) à vos enfants, voire à vos petits-petits enfants.

 

A voir aussi : https://www.mysciencework.com/omniscience/quelle-voie-vers-l-immortalite-medecine-vs-transhumanisme

Georges Vignaux

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A propos georgesvignaux

Directeur de recherche honoraire au Centre national de la recherche scientifique, Paris. Docteur d'Etat en linguistique et sciences cognitives (Paris7) Directeur de programmes en langage et cognition et nouvelles technologies de communication Chevalier dans l'Ordre national du Mérite

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