Devenir immortel ?

Au Moyen Âge, les alchimistes rêvaient de créer la pierre philosophale, source de richesse et de vie éternelle. Au XXIe  siècle, des adeptes de l’utopie transhumaniste ont repris la quête de l’immortalité en s’appuyant sur les perspectives des nanotechnologies, de la biotechnologie, de la robotique ou de l’informatique.

Cette quête est portée par des génies de l’innovation et des affaires dans la Silicon Valley, en Californie.

Après avoir recruté des spécialistes du vieillissement, Google dépense ainsi 1,5 milliard d’euros pour faire reculer la mort, une somme qui reste cependant peu élevée au regard des investissements habituels du secteur pharmaceutique. Il s’agit d’une première étape, insistent les transhumanistes, sur le chemin visant à accéder à l’immortalité.

Ce que l’on sait déjà faire

«Aujourd’hui, il n’existe aucun médicament, aucune technique permettant de vivre plus longtemps», prévient le chirurgien Laurent Alexandre, cofondateur du site Internet Doctissimo. Les produits tels que la DHEA (androgène réputé pour ses effets antivieillissement) n’ont pas démontré leur efficacité.

Si l’espérance de vie de l’homme augmente chaque année de trois mois en France, c’est d’abord grâce aux progrès de la médecine et à l’hygiène de vie. Mais le record de Jeanne Calment, décédée à l’âge de 122 ans, relève encore de l’exploit inaccessible.

Passé un certain âge, la courbe démographique s’effondre. «On estime à plus de 500 000 dans le monde le nombre de personnes qui ont atteint les 100 ans, alors que très peu atteignent les 110 ans, un âge qui constitue une sorte de barrière», rappelle Didier Coeurnelle, membre de l’association transhumaniste française Technoprog.

Dans des pays comme la France, 70 % des décès sont imputables à trois types de maladies liées au vieillissement : problèmes cardio-vasculaires, cancer, maladies neurodégénératives. «En combattant ces causes de décès, on accroîtra mécaniquement l’espérance de vie de l’homme», poursuit Didier Coeurnelle.

Les laboratoires travaillent en ce sens. Des progrès considérables ont été réalisés concernant les maladies cardio-vasculaires et les cancers. On guérit de mieux en mieux les cancers du sein, par exemple, même si le taux de mortalité des cancers du pancréas ou des poumons demeure très élevé. Les chercheurs espèrent vaincre les cancers au cours du XXIe  siècle. Il y a beaucoup moins de certitudes, à l’inverse, sur les maladies neurodégénératives.

Après quelques avancées dans les années 1970, les traitements sur la maladie de Parkinson sont au point mort. Toutes les molécules testées ces dernières années contre la maladie d’Alzheimer ont démontré leur inefficacité.

Ce que l’on fera demain

La génétique est l’une des pistes les plus avancées pour faire reculer l’espérance de vie. «On a identifié chez les animaux un certain nombre de gènes dont la manipulation est capable d’altérer le vieillissement», explique Hugo Aguilaniu, chercheur au CNRS et à l’Ecole normale supérieure de Lyon, spécialiste de la génétique du vieillissement.

On peut y parvenir au niveau génétique en procédant à des mutations ou en sur-exprimant certains gènes. Ces études partent d’un constat qui a changé la donne : «Le vieillissement n’est pas une question d’usure, comme on a longtemps pu le penser, poursuit le spécialiste. Il s’agit de quelque chose de contrôlé par de très nombreux facteurs comme l’envie, le style de vie, l’environnement. Les gènes liés à l’activité reproductrice, à la nutrition, par exemple, affectent le vieillissement. »

En laboratoire, les chercheurs réussissent à faire vivre beaucoup plus longtemps des mouches ou des souris. Ainsi les rongeurs gagnent-ils 25 % d’espérance de vie grâce à des médicaments altérant les gènes. Deux molécules concentrent les efforts de la communauté scientifique : la rapamycine et la metformine.

«On teste depuis six ans ces techniques sur les singes», précise Hugo Aguilaniu. Il faudra dix ans avant d’obtenir des résultats probants des programmes menés sur les singes, les mammifères les plus proches de l’homme. «Cette technique permettra surtout de faire vivre les gens jusqu’à 100 ans en bonne santé, prévoit le scientifique. On peut penser que cela permettra d’accroître la longévité humaine, mais on n’a pas de certitude sur le plan scientifique.»

Autre piste prometteuse pour allonger l’espérance de vie, la régénération des organes : le chercheur japonais Shinya Yamanaka a réussi à reprogrammer n’importe quelle cellule, prélevée sur un adulte, afin qu’elle puisse ensuite se multiplier. À terme, cela signifierait qu’un organe défectueux puisse être réparé, accroissant du coup la possibilité de vivre plus longtemps et en meilleure santé. Mais pas d’être immortel.

Ce que l’on rêve de faire après-demain

Dans leur désir d’immortalité, les transhumanistes imaginent des possibles technologiques qui n’ont été validés ni par la recherche fondamentale, ni par des expériences en laboratoire. Parmi ces hypothèses, revient souvent le «téléchargement de la conscience»: le transfert dans un cerveau artificiel de l’intelligence, la sensibilité, la conscience, le savoir. Ledit cerveau pourrait ensuite être installé sur un robot ou téléchargé sur des serveurs informatiques, assurant la vie éternelle.

Autre rêve : les manipulations génétiques. Après avoir dressé la carte des gènes liés au vieillissement, on pourrait théoriquement les extirper de l’embryon humain de façon à stopper le vieillissement. «D’un point de vue théorique, on ne peut rien écarter, note Hugo Aguilaniu. Mais cela supposerait que tout est génétique dans le vieillissement, en oubliant les données environnementales, lesquelles sont pourtant très importantes.»

Le chercheur rappelle qu’une humanité qui ne vieillirait pas serait une humanité qui n’évoluerait pas d’un point de vue biologique, puisque cela porterait un coup d’arrêt à la reproduction. Un scénario source de danger. «Chez l’homme comme chez les mammifères, l’évolution se fait au moment de la reproduction, insiste Hugo Aguilaniu. Si on stoppe l’évolution, notre organisme devient très sensible à tout changement environnemental.» À l’apparition d’un nouveau virus par exemple, ou à un réchauffement climatique rapide.

……………………..

Repères

NBIC : les nanotechnologies (N), biotechnologies (B), informatique (I) et sciences cognitives (C) désignent un champ scientifique multidisciplinaire qui se situe au carrefour de l’infiniment petit, de la fabrication du vivant, des machines pensantes et de l’étude du cerveau.

Cellules souches : il s’agit d’une cellule qui a la capacité remarquable, au cours du développement embryonnaire ou bien au cours de la vie, de se spécialiser (les chercheurs parlent de différenciation) et de se multiplier dans l’organisme (auto-renouvellement).

Thérapie génique : la thérapie génique est une technique qui vise à traiter une maladie en introduisant dans l’organisme du patient un « gène-médicament » qui va remplacer le gène défectueux. Des tests sont menés actuellement en ce sens contre plusieurs maladies.

 

A voir aussi : Olivier Tallès, La Croix, 23/11/2015.

 Georges Vignaux

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A propos georgesvignaux

Directeur de recherche honoraire au Centre national de la recherche scientifique, Paris. Docteur d'Etat en linguistique et sciences cognitives (Paris7) Directeur de programmes en langage et cognition et nouvelles technologies de communication Chevalier dans l'Ordre national du Mérite

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