Le futur : l’intelligence artificielle

Imaginez un groupe de scientifiques de renom, réunis dans les locaux de Google, discutant tranquillement de la fin possible de l’histoire humaine d’ici moins d’un siècle. Si ce décor vous semble tout droit sorti d’un roman d’anticipation, vous allez être surpris.

Car cette rencontre a bien eu lieu, lors de la SciFoo, une série de conférences annuelles données à Mountain View. Cette année, au sein d’une des salles colorées du géant du web, Nick Bostrom, Gary Marcus, Jaan Tallin, Max Tegmark, Murray Shanahan et Meia Chita-Tegmark ont discuté de leur domaine de spécialité : l’intelligence artificielle (IA).

De son futur plus exactement. Et par là même, de la fin possible de l’humanité. Selon de nombreux chercheurs, nous sommes juste au bord d’un changement majeur dans l’histoire de l’humanité.

Bill Gates, Stephen Hawking ou encore Steve Wozniak, le cofondateur d’Apple, ont tour à tour rappelé que l’intelligence artificielle pourrait, dans les années à venir, signer notre fin à tous. Elle pourrait aussi nous permettre d’atteindre un niveau de bonheur inimaginable, voire l’immortalité. Mais surtout, cette révolution pourrait arriver très vite.

De l’IA restreinte au “demi-dieu”

Les experts distinguent trois principaux types d’IA, dont l’un d’eux fait déjà partie de notre quotidien:

  • L’intelligence artificielle restreinte (son petit nom: ANI). On parle ici d’un ordinateur aussi compétent, voire plus compétent qu’un humain, mais capable de ne réaliser qu’une tâche bien précise. Par exemple les logiciels d’échecs, plus performants que les joueurs humains. Ou encore les ennemis dans les jeux vidéo joués par « l’ordinateur ».
  • L’intelligence artificielle forte, de haut-niveau ou généralisée (AGI). Celle-ci n’existe pas (encore). On parle ici d’un ordinateur disposant des mêmes capacités qu’un être humain, dans tous les domaines. Ce qui est très différent d’une ANI, car ici, l’ordinateur doit être capable d’apprendre, comme l’homme, à partir d’expériences et dans des domaines très différents.
  • Superintelligence artificielle (ASI). Celle-ci découle directement de l’AGI. Une fois que la machine aura égalé l’homme, il semble logique qu’elle finisse par le surpasser en tout point.

 Échec et Michigan

S’il nous a fallu des années pour créer des ANI, une super-intelligence a des chances d’exister avant 2100. Pour comprendre, commençons par parler du passé. On raconte que le jeu d’échec fut inventé par le sage Sissa. Quand il le dévoila à un roi cherchant à se distraire, celui-ci lui demanda quelle récompense Sissa souhaitait.

Modestement, celui-ci répondit qu’un simple grain de riz sur la première case de son jeu suffirait, à condition que le nombre de grains double à chaque case: 2 pour la suivante, 4 pour la troisième, 8 pour la quatrième, etc. Le roi accepta et ruina ainsi son royaume, car avec ce calcul, il lui faudrait poser sur la dernière case neuf… milliards de milliards de grains de riz (2 puissance 63).

Maintenant, il faut mettre cette anecdote en parallèle à l’évolution de la puissance de nos ordinateurs. Depuis 1965, Gordon Moore a établi une « loi » qui affirme que la puissance des processeurs (le coeur de votre machine) allait doubler tous les 18 mois. C’est parce que cette croissance est exponentielle que, d’ici peu de temps, il devrait être possible d’avoir une intelligence artificielle équivalente à celle d’un humain.

Pour bien comprendre ce principe, Motherjones a réalisé un gif original. Le nombre de gouttes d’eau contenues dans le lac Michigan est à peu de chose près égal à la puissance de calcul du cerveau humain par seconde. C’est énorme.

Il faut dire que le cerveau humain, s’il peut mettre du temps à faire une multiplication, réalise des milliards d’opérations constamment sans que vous en soyez conscient. Rien que le fait de bouger un bras demande une coordination incroyable dont sont bien loin les ordinateurs actuels. Mais justement. Si l’on prend en compte la fameuse loi de Moore, combien de temps faudra-t-il pour que les ordinateurs nous égalent en puissance pure. En clair, combien de temps faudra-t-il pour remplir le lac goutte à goutte?

Le plus intéressant , c’est qu’encore en 2012, on a l’impression que ce travail titanesque ne prendra jamais fin. Mais 13 ans après, le lac est rempli. Et surtout, il faut imaginer que 18 mois plus tard, en 2026, un deuxième lac sera rempli, puis 18 mois plus tard, un quatrième lac, etc. Pour autant, la puissance disponible ne fait pas tout et de nombreux obstacles se dressent sur la route des chercheurs.

Lucy en 2040, Skynet en 2070?

Nick Bostrom, éminent expert de la question, a réalisé un sondage intéressant. Il a demandé à 550 experts en IA d’estimer à quelle date une machine sera aussi intelligente qu’un être humain. La moitié des participants ont estimé qu’une AGI avait une chance sur deux d’apparaître avant 2040 et 90% de chance d’ici 2075.

Pour autant, les réponses des chercheurs sont très éparpillées. Ainsi, nombre d’entre eux estiment que cet événement n’aura pas lieu pendant le XXIe siècle. Car en dehors de la puissance de calcul, encore faut-il qu’un ordinateur, si puissant soit-il, puisse développer une vraie capacité d’apprentissage, une sorte de sens-commun. Mais la grande majorité des experts du secteur ne voient pas comment une telle révolution pourrait ne pas avoir lieu.

Homme bionique et « singularité »

Si on laisse donc de côté le timing, reste la question de la suite des événements une fois cette superintelligence développée. Nous parlons ici d’une intelligence qui pourrait, en quelques années, être bien, bien plus intelligente qu’Einstein. Une telle chose est difficilement concevable pour nous.

Pour autant, des chercheurs ont imaginé ce qu’impliquerait un tel changement. Pour Ray Kurzweil, un des plus célèbres futurologues américains (directeur de l’ingénierie chez Google en charge de la compréhension du langage), l’homme changera alors radicalement,. Un passage qu’il nomme « singularité », car nous ne pouvons pas vraiment le concevoir. Mais ce futur sera pavé d’immortalité, de nano-robots, aura éloigné le spectre du réchauffement climatique… À termes, Kurzweil imagine un monde où l’être humain sera devenu quasi-entièrement artificiel, bionique.

Et pour lui, ce changement commencera dès 2045. On s’en doute, Ray Kurzweil fait partie des optimistes. Et même des très optimistes. Et il y a évidemment de nombreux pessimistes, pour qui l’idée qu’une super IA mal intentionnée puisse détruire l’espèce humaine pour poursuivre son propre but semble bien plus probable.

Danger ou opportunité?

Pire: une IA n’aurait pas besoin d’être « mauvaise » pour détruire l’humanité. C’est ce qu’a imaginé Eliezer Yudkowsky, un écrivain américain, avec l’histoire de l’optimisateur de trombones. Imaginons une super IA à qui l’on confit la tâche de maximiser le nombre de trombones en sa possession. Une requête certes simpliste, mais qui a le mérite d’être « neutre » moralement. Pourtant, cette simple requête pourrait entraîner la destruction du système solaire, si on extrapole un peu.

En effet, une super IA va s’améliorer avec le temps, devenant de plus en plus intelligente et de plus en plus efficace. Elle va donc chercher par tous les moyens de créer de nouveaux trombones, quitte à utiliser toutes les particules physiques disponibles pour en faire des milliards de milliards de trombones, nous y compris.

Car une IA ne serait pas forcément douée de sentiment, mais aurait avant tout un objectif à accomplir et des moyens considérables pour arriver à son but. Des moyens au delà de notre entendement. Pour Eliezer Yudkowsky, il faudrait alors donner à une super IA une mission très, très précise.

Reste à savoir si l’humanité a envie d’ouvrir la boite de pandore. Murray Shanahan, professeur de robotique cognitive au collège impérial de Londres se demandait, lors de la conférence informelle dans les locaux de Google, si nous devions vraiment construire une machine autonome ou si nous ne devions pas nous limiter à des IA restreintes. Si nous devions réellement créer notre successeur en termes d’évolution.

Grégory Rozières

http://www.huffingtonpost.fr/2015/09/13/futur-intelligence-artificielle-humanite-immortalite-25-ans-2040_n_8123014.html?ncid=fcbklnkfrhpmg00000001

Georges Vignaux

 

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A propos georgesvignaux

Directeur de recherche honoraire au Centre national de la recherche scientifique, Paris. Docteur d'Etat en linguistique et sciences cognitives (Paris7) Directeur de programmes en langage et cognition et nouvelles technologies de communication Chevalier dans l'Ordre national du Mérite

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