La PNL : Pourquoi faire ?

Née dans les années 1970, la programmation neurolinguistique prétend être une méthode qui permet de « recoder » ses schémas de pensée pour communiquer avec les autres de façon efficace. C’est au départ une grille de lecture du comportement ; elle a ensuite investi le monde de l’entreprise, au point que dans les années 1990, tous les publicitaires se devaient, pour apprendre à communiquer et diriger, de suivre une formation en programmation neurolinguistique.

Tout débute en 1973. Deux Américains, Richard Bandler étudiant en psychologie à l’université de Santa Cruz, et John Grinder, professeur de linguistique dans la même université, cherchent à élaborer, ensemble, un nouveau type de thérapie. Ils partent observer des thérapeutes qui acceptent de recevoir des patients sur qui les thérapies psychanalytiques ne fonctionnent pas. Ils s’aperçoivent que tous ces thérapeutes ont un point en commun : ils utilisent, inconsciemment, des stratégies de communication particulièrement efficaces. Ils en tirent une première conclusion : les leaders d’opinion sont ceux qui communiquent et se comportent selon certaines stratégies. A l’époque, l’intérêt pour les thérapies non psychanalytiques se développe ; R. Bandler et J. Grinder cherchent à proposer des techniques de travail sur soi qui, à la fois, facilitent les apprentissages et permettent un changement durable. Dans leur premier livre, The Structure of Magic (1975-1976), ils lancent le concept de programmation neurolinguistique, qui s’appuie sur trois postulats.

Le premier, c’est que les êtres humains, durant toute leur existence, programment leur façon de penser, de ressentir, de communiquer et de se comporter (programmation). Si nous avons tous un cerveau, chacun d’entre nous possède des logiciels de programmation différents, acquis en fonction de l’expérience. Donc nous sommes tous potentiellement capables de réaliser ce que réalisent les esprits créatifs et brillants. Le deuxième, c’est que nous pouvons, par des techniques d’apprentissage, augmenter notre capacité de penser, de ressentir et d’agir (neuro). Le troisième, c’est que notre langage structure et reflète notre mode de pensée (linguistique).

Les premiers modèles de la PNL s’intéressent surtout au langage. Mais rapidement, sous l’influence du chercheur Robert Dilts, les modèles s’intéressent avant tout aux représentations sensorielles du sujet. Nous pourrions apprendre à communiquer de façon plus efficace, pour mieux canaliser nos émotions, « recoder » notre façon d’être et de ressentir les choses. Comme pour la psychanalyse, on s’intéresse à l’exploration du vécu subjectif et empirique de la personne. Mais, contrairement à la psychanalyse, où l’exploration du vécu subjectif de la personne (ses affects, ses émotions, ses représentations) s’appréhende via la méthode de l’association libre (dites tout ce qui vous passe par la tête comme cela vous vient), il s’agit de codifier ses expériences subjectives et de les modéliser. Autrement dit de décrypter quelles stratégies sensorielles, quels signaux verbaux et non verbaux on met en place pour, d’une part, se représenter son expérience de vie et, d’autre part, pour manifester ses compétences avec son environnement.

Pour la PNL, nous n’utilisons pas tous nos sens de la même manière. En 1977, dans son article « EEG and representationnal system », R. Dilts détaille les façons dont un individu se représente son expérience et ce qui est au premier plan dans son corps et son esprit quand il est dans tel ou tel état émotionnel ou qu’il utilise telle ou telle compétence.

Ces questions sont détaillées, plus tard, par Leslie Cameron-Bandler. Elle étudie tous les aspects verbaux et non verbaux de nos systèmes de représentations. Pour nous représenter notre environnement, nous utilisons nos cinq sens (visuel, auditif, kinesthésique, olfactif, et gustatif). Or, chacun d’entre nous privilégie un sens en particulier pour recueillir les informations sur son environnement. Ce sens que nous privilégions, c’est notre système de représentation sensorielle dominant ou primaire. Par exemple, quand ils tombent amoureux, certains vont être bouleversés par l’ovale d’un visage (visuel). D’autres par le timbre de voix de l’être aimé (auditif). D’autres encore, par une sensation plus générale, qu’ils pourraient résumer en disant : « Cette personne me touche au plus profond de moi » (kinesthésique). Pour la PNL, une fois que l’on connaît son système de représentation préféré, on peut prêter attention aux mots utilisés par les autres et y déceler des indices sur leur propre système de représentation sensorielle : sont-ils plus réceptifs aux images ? Aux mots ? Aux sons ? Ainsi, si vous sentez que votre interlocuteur parle un langage « différent » du vôtre, il peut s’avérer utile d’ajuster votre modèle de langage au sien.

À partir de 1980, R. Bandler et J. Grinder élargissent les champs d’application de la PNL à de multiples domaines. Par exemple, dans le domaine des apprentissages, les enfants qui privilégient le système visuel devraient ficher leurs cours en faisant des schémas ; ceux qui s’appuient avant tout sur le système auditif ont besoin d’entendre les contenus à apprendre (lecture à voix haute, discussions…). Enfin les personnes qui privilégient le système kinesthésique apprendront mieux leur cours via des séances pratiques. « Certains enfants sont parfois qualifiés de “lents” alors que le style d’enseignement dominant ne convient tout simplement pas à leur mode d’apprentissage préféré », soulignent Romilla Ready et Kate Burton, formatrices en PNL. De même, pour R. Bandler, l’apprentissage de l’orthographe est un problème de stratégie mentale et il convient de trouver, en fonction de l’enfant, celle qui est la plus adéquate…

Si l’on peut s’adapter à la façon de communiquer de son interlocuteur, on peut aussi deviner ce à quoi il est en train de penser en observant, disent R. Bandler et J. Grinder, la façon dont il bouge ses yeux : bouge-t-il les yeux en haut à droite ? Il voit des images nouvelles ou différentes. Baisse-t-il les yeux en bas à gauche ? Il se parle à lui-même… A partir de ces informations, on peut façonner son rapport aux autres via une synchronisation et un mimétisme comportemental : repérer les mots, les phrases et la façon de parler de l’autre et les reprendre à son compte ; entrer dans le détail s’il entre dans le détail, prendre la situation dans son ensemble s’il prend la situation dans son ensemble ; s’accorder à son langage corporel, à ses gestes, à son ton, à son rythme, et même respirer au même rythme que lui…

On comprend pourquoi, au moment où les gouvernements Reagan et Thatcher contribuent, dans les années 1980, à une montée de l’idéologie néolibérale, la PNL, avec sa recherche de la « performance » et de « l’excellence », se met à intéresser les entreprises, en quête de solutions pour optimiser leurs techniques marketing, leurs performances de vente, et leurs méthodes de management. Dès 1979, la première formation certifiante en PNL est lancée par L. Cameron-Bandler et Steve et Connirae Andreas. En 1981, L. Cameron-Bandler et R. Bandler divorcent, au moment même où la PNL devient un marché florissant – ils se déchireront devant les tribunaux, chacun estimant être le “gourou” du business PNL et donc le plus à même d’en recueillir les résultats financiers. L. Cameron-Bandler deviendra même l’instigatrice d’une PNL appliquée aux problèmes amoureux et sexuels !…

À la fin des années 1980, le « jargon » de la PNL s’est tellement instillé dans la vie quotidienne de certaines entreprises ou certains secteurs (publicitaires, télémarketing, représentants de commerce et VRP, agences immobilières, mais aussi direction des ressources humaines…) qu’on découvre les graves dangers qu’elle véhicule pour l’intelligence et la liberté humaines.

 

– Robert Dilts, « EEG and representationnal system », in Robert Dilts, Roots of Neuro-Linguistic Programming, Meta Publications, 1983.

– Romilla Ready et Kate Burton, La PNL (programmation neurolinguistique) pour les nuls, First, 2008.

– Sarah Chiche, Sciences Humaines, 17.10.2015.

Georges Vignaux

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A propos georgesvignaux

Directeur de recherche honoraire au Centre national de la recherche scientifique, Paris. Docteur d'Etat en linguistique et sciences cognitives (Paris7) Directeur de programmes en langage et cognition et nouvelles technologies de communication Chevalier dans l'Ordre national du Mérite

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