Mythes anciens. Mythes modernes. Commentaire 1

Selon Pierre Fraser (Le mythe rationnel : une proposition ) : « La différence majeure entre le mythe traditionnel et le mythe rationnel réside dans le fait que : 1° le mythe rationnel n’a pas vocation à tout expliquer ; 2° le mythe rationnel est pluraliste, c’est-à-dire que chaque champ d’exploration de la science a la capacité de devenir un mythe rationnel ; 3° le mythe rationnel se fonde sur les données de la science pour se construire ; 4° le mythe rationnel est prédictif ; 5° les résultats attendus du mythe rationnel sont concrètement vérifiables.

Je reprendrai cette distinction sous forme d’opposition en vue de la corriger et préciser.

Le mythe ancien ou traditionnel procède, me semble-t-il, d’une démarche holistique, c’est-à-dire qu’il est, à chaque fois, une conception ou un point de vue qui consiste à considérer les phénomènes comme inclus dans des totalités. Ainsi, en psychologie, de la conception unitaire et dynamique du fonctionnement cérébral, qu’on oppose à la conception atomistique selon laquelle l’intelligence et les fonctions sensori-motrices pouvaient être représentées par une mosaïque d’éléments nerveux. De même en anthropologie moderne où l’on considère les divers aspects de la vie sociale comme formant un ensemble solidaire, dont les diverses parties ne peuvent se comprendre que par le tout, qui leur donne leur signification.

Le terme provient de l’angl. holism, forgé en 1926 par le biologiste sud-africain J.C. Smuts (1870-1950) dans son ouvrage Holism and evolution. Il a été repris depuis pour désigner toute
interprétation totale de la Nature et du Monde englobant tous les phénomènes (du type : « Dieu est partout » ou « Il n’est de Dieu que de Dieu). [1]

La plupart des religions placent ainsi, au commencement une forme de volonté démiurgique, qui, (par anthropocentrisme), se donne les attributs de la lucidité et de la rationalité. Cette conception commune à toutes les cosmogonies religieuses donne au monde un aspect déterministe. Ainsi la notion de prédéterminisme peut être associée à une sorte manifestation de la puissance divine : « Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre. » (Genèse, I, 1) Si Dieu a créé la terre, il a donc aussi créé tout ce qui la peuple. D’où le conflit entre la doxa religieuse et les théories de l’évolution issues du darwinisme. Et notamment avec les prédéterministes.
C’est d’ailleurs, en référence aux nouvelles théories des années 1920 relatives au champ gravitationnel, que Jan Smuts inventa le concept de champ holistique ainsi que le terme « holisme ». Le concept de holisme représente la toile de fond au sein de laquelle toute la création se déploie. C’est le champ d’action qui crée, organise, coordonne tout ou partie de l’univers. Ce champ holistique tend à faire évoluer la matière de l’atome vers la personnalité. On retrouve dans cette théorie les influences de la culture calviniste de Jan Smuts, sous l’angle de la prédestination.

Mais il s’agit là de glissements de la science vers la croyance. Les mythologies modernes, en revanche, demeurent ancrées dans la rationalité. Ces mythes rationnels, qui traversent nos imaginaires contemporains, puisent leurs sources dans la science, ses manifestations et ses applications.

Ces mythes ne sont pas totalisants : ils fonctionnent à la fois globalement (il y a une vie extra-terrestre ; la preuve : les OVNI) et comme la science, sous forme de processus de réduction-schématisation : on ne retient qu’un aspect et on étend cette caractéristique à l’ensemble. Exemple : il y a vie tant que le cœur bat (mais il peut y avoir activité cérébrale sans activité cardiaque) ; demeure la croyance dans le cœur, siège de la vie et des émotions ! La notion d' »égalité » signifie que « tout le monde est pareil », alors qu’en réalité, il s’agit uniquement d’égalité devant la loi !

[1] « « holisme » : un champ de force de l’univers qui tend à faire évoluer la matière de l’atome vers la personnalité. » L’évolution y sera abordée, ajoute-t-il, comme le « développement et la stratification graduels de séries progressives de totalités, qui s’étirent depuis les commencements inorganiques jusqu’aux niveaux les plus élevés de la création spirituelle ». Smuts, Jan. Holism and Evolution. Londres: Macmillan & Co Ldt, 1926,

Georges Vignaux

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A propos georgesvignaux

Directeur de recherche honoraire au Centre national de la recherche scientifique, Paris. Docteur d'Etat en linguistique et sciences cognitives (Paris7) Directeur de programmes en langage et cognition et nouvelles technologies de communication Chevalier dans l'Ordre national du Mérite

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