Du mythe du mythe rationnel : 21. La mythologie postmoderne*

 

Les catastrophes qui s’enchaînent engendrent curieusement de nouvelles espérances. Peu après le désastre de Fukushima, Le Monde publiait une série d’articles où apparaissaitun optimisme paradoxal [1]. Ulrich Beck, le sociologue allemand mondialement connu pour sa théorie de la Société du risque, expliquait : « C’est le mythe du progrès et de la sécurité qui est en train de s’effondrer » ; selon le psychosociologue Harald Walzer, c’est « l’ère de la consommation et du confort qui va s’achever ». La catastrophe n’est pas même analysée dans toutes ses conséquences, qu’elle laisse ainsi présager une ère nouvelle de responsabilité et de souci écologique. Car cette fois-ci, bien entendu, les choses ne pouvaient continuer «comme avant ».

D’où vient cet optimisme ? De la confiance progressiste dans notre capacité à réformer d’un coup nos habitudes de pensée et de vie ? En fait, ce qui ressort dans les articles sur Fukushima, c’est la vulgate de la théorie de la postmodernité.
Car depuis les années 1980, la catastrophe technologique est devenue emblématique d’une grande rupture historique. Rupture avec le projet de maîtrise du monde, rupture avec l’idée de progrès, avec le mépris de la nature, avec le consumérisme… rupture en résumé avec la modernité. La catastrophe occupe une place essentielle dans le récit postmoderne.

C’est ce mouvement qu’a théorisé Ulrich Beck en 1986. Sous le titre ambigu de La Société du risque ce livre décrivait une sortie du paradigme du risque et l’entrée dans celui de l’incertitude [2]. Son point de départ est que les risques ont changé de nature. Premièrement, ils ne sont plus naturels mais issus de la modernisation elle-même. Le progrès technique est devenu un facteur de risques. Deuxièmement, ces risques ne sont plus des risques, mais des incertitudes, c’est-à-dire qu’ils ne sont plus calculables, on ne peut plus leur attribuer une probabilité et estimer leurs incidences. [3]. Ulrich Beck annonçait aussi l’émergence d’une société postmoderne répudiant les certitudes de la société industrielle. Le politique dans la société postmoderne vit et s’organise autour du risque et dans l’anticipation de la catastrophe. On dit aussi de la modernité qu’elle est devenue réflexive, c’est-à-dire qu’elle questionne dorénavant sa propre dynamique.

Modernité et modernité réflexive

Si ce récit a connu un succès immense, c’est que sa rhétorique invitait à refonder le politique. [4] Il fallait transformer nos institutions, les rendre aptes à gouverner non seulement les humains, mais aussi tous les êtres que la technique avait mobilisés pour notre confort. Le philosophe Michel Serres et le sociologue Bruno Latour entreprirent d’écrire un nouveau « contrat naturel » visant à intégrer humains et non-humains de manière symétrique dans nos « collectifs » ; des sociologues comme Michel Callon étudièrent à partir des années 1990 les « controverses sociotechniques », les « conférences de consensus » et plus généralement toutes les formes délibératives qui devaient guider l’action politique dans un « monde incertain ». C’est dans ce triptyque théorique « société du risque », « société réflexive » et « participation » que se sont inscrits la majorité des travaux sociologiques des vingt dernières années portant sur la gestion du risque et des catastrophes, travaux qui semblaient préfigurer une démocratie élargie aux questions techniques et environnementales. [5]

Un quart de siècle a passé. L’espoir d’une société réflexive s’éloigne à mesure que la crise environnementale s’approfondit. Aussi est-il temps de questionner la pertinence de ces récits et « mythologies » contemporaines.

Nous n’avons jamais été modernes !

La position de Bruno Latour entérine le grand récit de la postmodernité. Car si Nous n’avons jamais été modernes, (et ni postmodernes non plus donc), c’est maintenant seulement, grâce à la crise environnementale, que nous réalisons notre « a-modernité ». Selon Latour, les sciences et les techniques auraient multiplié de manière subreptice les hybrides de nature-société en même temps que la « constitution moderne » séparant science et politique, nous aurait empêché de les voir. Et c’est grâce au champ « science, technique et société » consacré à l’étude de ces hybrides (et dont Latour est un fondateur) que nous aurions enfin compris notre a-modernité. Le moment est assez solennel puisque se refermerait alors une parenthèse moderne de trois siècles.

En 1991, Bruno Latour ouvrait son fameux essai par une page de journal : la couche d’ozone, le virus du sida, ou un nouveau contraceptif tissaient ce jour-là les paradoxes de science, de droit et de politique qui fabriquent nos sociétés. Ouvrons maintenant le Moniteur universel pendant l’été 1800. En mai et juin, des médecins débattent pour savoir si la « vaccine », une mystérieuse maladie des vaches découverte en Angleterre, permettra d’éradiquer la variole ou bien causera la dégénérescence de la population. Le vaccin se transmettant de bras à bras, vacciner revenait à introduire un fluide ayant transité dans des centaines de corps humains, peut-être affectés de maladies héréditaires. Le médecin Marcus Herz demande un moratoire sur les vaccinations. Il faut étudier les conséquences à long terme du nouveau virus, sur deux générations au moins, avant de le propager aussi largement. À travers la vaccine c’est aussi la forme que doit prendre le pouvoir dans une société libérale qui est débattu : comment généraliser une pratique corporelle sans l’imposer ?
En août de la même année, alors que la sécheresse menace, plusieurs articles exposent les causes de la diminution des eaux. Le déboisement aurait réduit la circulation globale de l’eau. Parallèlement, l’assèchement des marécages et l’endiguement des rivières restreignent la surface d’évaporation et donc l’humidité dans l’atmosphère. En jeu : la politique de conservation forestière du Consulat et donc, entre autres, les finances publiques, le contrôle des populations rurales, les propriétés communales, les droits de pacages etc.

Sautons une génération. En 1822, après une série d’hivers rigoureux, le gouvernement français diligente une enquête sur le changement climatique : les préfets sont consultés pour savoir si les déboisements révolutionnaires ont modifié la météorologie de leur département. Le refroidissement étant global, des sociétés savantes à Lausanne, Bruxelles et Londres étudient également le problème. À la même époque, à Paris, les débuts du gaz d’éclairage suscitent une vive controverse : selon les opposants, l’explosion d’un gazomètre pourrait raser la capitale. La même année, le ministre de l’intérieur interdit les machines à vapeur près des habitations alors même qu’elles n’avaient causé aucun accident. À Marseille, c’est l’industrie chimique et les pollutions acides liées à la production de la soude, qui suscitent des plaintes et des centaines de procès.

Trente ans plus tard, la vaccine est encore objet de débat : des médecins tentaient de montrer qu’elle n’avait fait que déplacer la mortalité de l’enfance vers l’âge adulte en permettant la survie d’enfants chétifs. Ce bouleversement démographique aurait eu des conséquences désastreuses : des enfants toujours plus nombreux étaient à la charge d’une population laborieuse ; il aurait provoqué le paupérisme des années 1840, voire la révolution de 1848 [6]. À la même époque, les paysans accusaient les usines chimiques de détruire les récoltes. Selon un agronome, « de Gênes à Grenoble, de Lyon à Dijon jusqu’à Strasbourg et Metz… le peuple attribue la maladie de la vigne au gaz d’éclairage [7] ». Comme les fumées se jouent des frontières, certains appellent à une concertation des gouvernements européens [8].

En 1855, Eugène Huzar, un avocat passionné par les techniques, publie La fin du monde par la science [9]. Il s’agit vraisemblablement de la première critique catastrophiste du progrès. L’auteur ne rejette pas la science, mais la « science impresciente », c’est-à-dire le décalage entre les capacités techniques et les capacités de prévision. Ce décalage pourrait causer l’apocalypse : qui sait si en extrayant tonne après tonne de charbon on ne risque pas de déplacer le centre de gravité de la Terre et de produire un basculement de son axe ? Qui sait si le déboisement et l’industrialisation n’entraîneront pas une catastrophe climatique : « dans cent ou deux cents ans le monde, étant sillonné de chemins de fer, de bateaux à vapeur, étant couvert d’usines, de fabriques, dégagera des billions de mètres cubes d’acide carbonique et d’oxyde de carbone, et comme les forêts auront été détruites, ces centaines de billions d’acide carbonique et d’oxyde de carbone pourront bien troubler un peu l’harmonie du monde » [10].

À mesure que les historiens s’intéressent à ces questions, ils découvrent que la modernité n’a jamais été univoque dans sa vision mécaniciste de l’univers et dans son projet de maîtrise technique du monde. [11] La modernité positiviste héritée du projet cartésien de maîtrise technique de la nature semblait déjà caduque au début de la révolution industrielle. Les hommes qui l’ont accomplie étaient « conscients » de l’incertitude gigantesque produite par leurs choix technologiques et ils ont, sciemment, décidé de passer outre. Non seulement nous n’avons jamais été modernes, mais nous l’avions toujours su !

Un avatar du progrès

La théorie de la société du risque paraît en effet extrêmement progressiste : elle fait de notre génération la première à avoir distingué, dans les lumières de la science, les formes de ses dangers. La thèse de la société du risque pourrait bien être l’un des derniers avatars du discours du progrès, qu’elle reformule en devenir réflexif de nos sociétés.
En 1986, Ulrich Beck était clair quant à la manière dont il fallait considérer ses réflexions (« un morceau de théorie sociale projective orientée empiriquement »). Le but politique était aussi clairement annoncé : « l’objectif est autre : il s’agit d’éliminer du champ de vision le passé qui règne encore, et d’y substituer l’avenir qui déjà aujourd’hui commence à prendre forme ». Cette manière de penser le présent est erronée. Le problème principal de la thèse de la société du risque est qu’elle tend à considérer comme imminente ou bien même déjà-là son utopie réflexive.

L’antienne de la « fin du progrès » que l’on entend après chaque catastrophe technologique, est sans doute le meilleur signe de l’optimisme trompeur des postmodernes. Dans les années 1970-2010, au milieu d’une période de haute technophilie (nucléaire civil, informatique, internet et émergence des biotechnologies entre autres), les philosophes et les sociologues concouraient dans l’idée d’une mort du progrès, sans réaliser combien l’artificialisation croissante du monde rendait ce constat dérisoire. Dès 1932, Lewis Mumford écrivait de l’idée de progrès, qu’elle était « la plus morte des idées mortes ». Que le mot de progrès ait, de nos jours, perdu de sa magie révèle simplement l’acceptation générale de sa logique : dans les sociétés contemporaines de la connaissance, unanimement tendues vers l’innovation et la maîtrise technique, c’est faute d’ennemi que le progrès a perdu son sens politique.

Loin d’être devenues réflexives, nos sociétés fétichisent comme jamais auparavant l’innovation. Elles en ont fait un synonyme de prospérité et les partis politiques, à droite comme à gauche, l’érigent en projet national. L’importance croissante du secteur privé dans la production de l’innovation, la soumission de la recherche scientifique à des objectifs de rentabilité économique et la nécessité pour les entreprises de sortir sans cesse de nouveaux produits accroissent les pouvoirs du capitalisme dans la définition de notre destin technique au détriment d’un contrôle démocratique médié par l’État. Plus que jamais, la science est devenue une affaire guidée par des priorités financières loin du principe de précaution. Le succès économique des firmes de biotechnologie ou la multiplication des nanoproduits démontrent s’il est besoin le lien intrinsèque entre la rentabilité financière, via le Nasdaq et le capital risque, et le projet moderniste d’artificialisation du monde [13].

La seconde évolution fondamentale de la fin du dernier siècle, à savoir la globalisation économique, a permis aux pays riches de délocaliser les risques de la production industrielle. Les sociétés développées ne se méfient pas de la technologie, elles sont parvenues à externaliser ses conséquences les plus négatives hors de l’Occident. La globalisation rend presque ridicule la théorie de la réflexivité formulée par des philosophes et des sociologues issus d’une Europe marginalisée [14].
Prenons la notion de seuil étudiée par Nathalie Jas et Soraya Boudia dans le cas des substances cancérigènes. À la fin des années 1940, des toxicologues avertissent les gouvernements : à n’importe quel dose, certaines molécules issues de la chimie de synthèse accroissent le risque de cancer. Un consensus se forme pour bannir ces molécules de l’alimentationMais dans les années 1970, c’est finalement l’analyse coût/bénéfice (on tolère un risque en fonction de l’intérêt économique des substances) et la définition de seuils de tolérance qui s’imposent dans les instances de régulation. Les nouvelles normes telles que « acceptable daily intakes » pour les aliments ou « threshold limit values » pour l’air opèrent un travestissement subtil : étant donné l’inexistence d’effet de seuil, elles consacrent en fait l’acceptation, pour des raisons économiques, d’un taux de cancer acceptable [15].

Les vocables « soutenable » ou « durable » jouent un rôle similaire dans l’exploitation toujours plus intensive de la nature. L’histoire des ressources halieutiques est exemplaire. Le principe du maximum sustainable yield mis en œuvre après la seconde guerre mondiale dans des traités internationaux (conférence de la FAO en 1955) consacre le principe que l’on peut pêcher des quantités optimales préservant la ressource. Des modèles écologiques assez simples cautionnaient ainsi l’augmentation radicale des prises, de 20 millions de tonnes en 1950 à 80 millions en 1970. Mais les modèles définissant l’usage « durable » des stocks ne prenant pas en compte certains facteurs comme la structure des populations ou la dégradation des écosystèmes marins, ils ont conduit en quelques décennies à l’affaissement généralisé des réserves halieutiques [16].Depuis peu, la notion de durabilité s’est métamorphosée en un puissant anxiolytique à destination des consommateurs consciencieux. Les entreprises ont très vite compris l’intérêt de cette catégorie malléable et de la certification environnementale car il serait toujours possible de trouver ou de créer un label garantissant la durabilité de leurs pratiques productives [17].

Avec la question climatique, c’est la terre entière qui a été soumise au même principe d’optimisation de la nature. Les économistes ont repensé le climat à l’instar d’une ressource atmosphérique dont ils pouvaient maximiser la valeur actuelle nette en définissant des sentiers optimaux d’émission de CO2. Le changement global est ainsi traduit en problème de maximisation de la croissance économique sous contrainte climatique. Établis en 2007, les crédits carbones se sont effondrés puis sont remontés, sans que l’on s’interroge sur leurs référentiels matériels, car les cabinets d’audits environnementaux qui estiment les réductions d’émissions de CO2 des « projets de développement propre » n’ont pas intérêt à se montrer sévères. Qu’importe, leur existence et leur échange suffisent à créer le mythe d’une économie « écologisée » [18].

Ce qu’enterre réellement la catastrophe de Fukushima, (après l’échec de la conférence de Copenhague, le faux succès de celle de Cancun ou la ruée actuelle sur les gaz de schiste), c’est bien le mythe postmoderne d’une société devenue enfin réflexive.

* Jean-Baptiste Fressoz, « Les leçons de la catastrophe. Critique historique de l’optimisme postmoderne », La Vie des idées, 13 mai 2011. ISSN : 2105-3030. URL : http://www.laviedesidees.fr/Les-lecons-de-la-catastrophe.html
[1] Le Monde, 26 mars 2011, desquels il faut distinguer l’article rageur et politique d’Isabelle Stengers, « Comment n’avaient-ils pas prévu ? »
[2] Ulrich Beck, La société du risque. Sur la voie d’une autre modernité, 1986, Paris, Le Seuil, 2002. Soulignons que la catastrophe chez Beck n’est pas vraiment abordée en tant que telle, mais plutôt comme un phénomène dont l’anticipation transforme le social et le politique.
[3] Ulrich Beck cite d’ailleurs très souvent le livre de François Ewald, L’État providence, Paris, Grasset, 1986, qui traite de la mise en place des assurances contre les accidents du travail à la fin du XIXe, pour contraster les risques individuels et assurables du passé aux incertitudes contemporaines. Cf. Ulrich Beck, « From industrial society to the risk society : questions of survival, social structure and ecological enlightenment », Theory and Culture, vol. 9, 1991, p. 97-123 et World at risk, p. 7, 52, 53.
[4] Voir Ulrich Beck, La société du risque, vers une autre modernité, [1986] Aubier, 2001 ; Anthony Giddens, Les conséquences de la modernité, [1991] L’Harmattan, 1994 ; Nicklas Luhmann, Risk a Sociological Theory. New-York : De Gruyter, 1991 ; Helga Nowotny et Peter Scott, Re-thinking science. Knowledge and the public in an age of uncertainty, Londres, Polity Press, 2001. Les sociologues ont proposé diverses dénominations pour signifier la nouveauté radicale de notre temps : « société du risque », « modernisation réflexive » (Beck), « seconde modernité » (Giddens), « haute modernité » (Luhmann), « société de mode II » (Nowotony), « transformation de l’agir humain » (Jonas). Il faudrait souligner les différences d’approches entre la démocratisation de la technoscience (Beck ou Nowotny) et l’heuristique de la peur (Jonas). Mais ces auteurs se retrouvent d’accord quant au récit sous-jacent de transformation récente de l’agir technique.
[5] Michel Serres, Le contrat naturel, Paris, François Bourin, 1990 ; Bruno Latour, Politiques de la nature, comment faire entrer les sciences en démocratie, Paris, La Découverte, 1999 ; Michel Callon, Pierre Lascoumes, Yannick Barthe, Agir dans un monde incertain, essai sur la démocratie technique, Paris, Le Seuil, 2001.
[6] Hector Carnot, Petit traité de vaccinométrie, 1849, 1857 ; Verdé-Delisle, De la dégénérescence physique et morale de l’espèce humaine déterminée par le vaccin, Paris, Charpentier, 1855 ; Armand Bayard, Influence de la vaccine sur la population ou de la gastro-entérite varioleuse avant et depuis la vaccine, Paris, Masson, 1855.
[7] Louis Leclerc, Les vignes malades, rapport adressé à M. Le comte de Persigny, ministre de l’intérieur, Paris, Hachette, 1853, p. 15.
[8] Léon Peeters, Guérison radicale de la maladie des pommes de terre et d’autres végétaux, Namur, 1855, p. 63.
[9] Jean-Baptiste Fressoz, “Beck Back in the Nineteenth Century. Towards a genealogy of risk society”, History and Technology, vol. 23, n°4, 2007, p. 333-350. Eugène Huzar, La fin du monde par la science, Paris, Ere, 2008 qui réédite des extraits des deux ouvrages de Huzar : La fin du monde par la science (1855) et l’Arbre de la science (1857).
[10] Huzar, 1857, 2008, p. 99.
[11] Sur l’épuisement des sols (peut être la plus grande question d’écologique politique du XIXe siècle) voir John Bellamy Foster, Marx’s ecology. Materialism and Nature, New-York, Monthly Review Press, 2000 ; sur les anxiétés immenses reliant déforestation, changement climatique, érosion et inondation, voir Jean-Baptiste Fressoz et Fabien Locher, « Le climat fragile de la modernité », La vie des idées, 20 avril 2010.
[12] Voir aussi Bruno Latour, « why has the critique run out of steam ? », Critical Inquiry, vol. 30, 2004, p. 225-248.
[13] Sur l’évolution des technosciences en rapport aux logiques économiques néolibérales voir les analyses lucides de Dominique Pestre : Science, argent et politique. Un essai d’interprétation, INRA éditions, 2003, p. 77-118 et « Des sciences et des productions techniques depuis trente ans. Chronique d’une mutation », Le Débat, 2010, n°160 et plus largement : David Harvey, A Brief history of neoliberalism, Oxford University Press, 2005.
[14] Curieusement, le dernier livre d’Ulrich Beck, World at Risk, Polity Press, 2007,qui vise à donner une perspective cosmopolite à la société du risque, ne consacre pas un seul paragraphe à la Chine où se joue pourtant une bonne part de l’avenir la planète. C’est que la thèse de la modernité réflexive essentiellement fondée sur les cas du mouvement écologique allemand et des ONG environnementalistes occidentales se trouve prise à revers par la délocalisation de la production industrielle et de la R&D.
[15] Soraya Boudia et Nathalie Jas, Powerless Science ? The Making of the Toxic World in the Twentieth Century, New York et Oxford, Berghahn Books, à paraître en 2011.
[16] Philippe Cury et Yves Miserey, Une mer sans poissons, Paris, Calmann-Lévy, 2008
[17] Un exemple paroxystique : le bois de plantations réalisé après la destruction de forêts primaires au napalm en Tasmanie a pu recevoir un écolabel. Voir aussi « Mauvais génie de la forêt », Le Monde, 8 avril 2011 sur le rôle du cabinet de conseil MacKinsey dans l’évaluation des projets REDD.
[18] Amy Dahan-Dalmedico (dir.), Les modèles du futur. Changement climatique et scénarios économiques : enjeux politiques et économiques, Paris, La Découverte, 2007 et Aurélien Bernier, Le climat otage de la finance, Paris, Mille et une nuits, 2008.
[19] Margaret A. McKean, Environmental protest and citizen politics in Japan, University of California Press, 1981.

 

Georges Vignaux

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A propos georgesvignaux

Directeur de recherche honoraire au Centre national de la recherche scientifique, Paris. Docteur d'Etat en linguistique et sciences cognitives (Paris7) Directeur de programmes en langage et cognition et nouvelles technologies de communication Chevalier dans l'Ordre national du Mérite

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