Du mythe au mythe rationnel : 15. L’invasion des zombies

 

La récente succession de fait-divers horribles impliquant des actes de cannibalisme – l’homme qui dévorait le visage d’un sans-abri à Miami, un étudiant qui a reconnu avoir mangé le coeur de son colocataire dans le Maryland et l’étrange histoire de Luka Rocco Magnotta, qui a tué puis mangé un jeune homme avant de disparaître, a choqué l’opinion internationale.

De nombreuses interrogations, plus ou moins fantaisistes, ont proliféré dès lors dans la presse et sur le Web, supputant l’existence d’une épidémie à la manière d’un film d’horreur.

L’agence fédérale américaine Center for disease control and prevention (CDC) a même jugé bon de déclarer qu’elle ne connaissait « aucun virus ni maladie qui ramènerait les morts à la vie, ou qui présenterait des symptomes similaires aux zombies ».

Ce démenti ne suffira sans doute pas à calmer les imaginations : la rumeur se propage, nourrissant le mythe. Sur Internet, le terme « zombie apocalypse » devient la troisième recherche la plus utilisée aux Etats-Unis.

Par le passé, le CDC avait lui-même utilisé l’univers des zombies pour une campagne de prévention. Avec, en introduction, ces quelques mots du docteur Ali Khan : « Si vous êtes, d’une manière générale, bien équipé pour faire face à une attaque massive de zombies, vous serez également préparé à affronter un cyclone, une épidémie un tremblement de terre ou une attaque terroriste. Alors s’il vous plaît, prenez un kit, organisez-vous et soyez préparés. » Une manière de toucher un public plus jeune, avait alors déclaré la direction du CDC. [1]

En fait, les histoires de cannibalisme ne sont pas nouvelles. On pense au prisonnier Nicolas Cocaign qui s’était jeté sur son codétenu en juin 2010 et lui avait mangé une partie du poumon, croyant consommer son cœur. Ce qui distingue l’histoire du « Cannibale de Miami » des autres faits divers, c’est le fait qu’il ait attaqué en plein jour, dans la rue.

Et surtout le détail qui a enflammé les imaginations, ce sont les paroles d’un témoin de la scène :
« L’homme était en train de le déchirer en morceaux avec sa bouche. (…) Je lui ai dit de descendre, mais il continuait de bouffer l’autre, de lacérer sa peau. Un officier de police est arrivé et lui a dit de descendre plusieurs fois, puis a fini par grimper sur la cloison et, une fois en face de lui, a répété : ‘Descendez !’ Mais l’homme s’est juste retourné, avec un morceau de chair dans la bouche, et a grogné. »

Et le témoin d’ajouter : « L’homme, il ressemblait à un zombie, il gouttait du sang. La chose que j’ai vu qui s’en rapprochait le plus ? The Walking Dead« , [la célèbre série de zombies].

Tous ces faits divers mélangeant cannibalisme et folie rentrent dans la grande tradition des films de zombies, dans lesquels des humains perdent conscience, contrôlés par des forces maléfiques ou encore infectés par des spores dangereuses. La résurgence du mythe vient enflammer le Web.

En quelques heures, le hashtag #zombiebukkake devient « trending topic » sur le Twitter français et mondial, une sombre référence à une histoire de zombies gores. Dans le même temps, les médias américains s’inquiètent : la menace d’une attaque de zombies entre-t-elle dans la sphère du réel ?

Alors que le site Gawker.com fait la liste de tous les faits étranges ayant eu lieu en Floride et se rapprochant des scénarios classiques dans les films de zombies, le site de Long Island Press.com titre : « Doit-on considérer sérieusement une Apocalypse des zombies? »

Dans les médias français, la principale inquiétude porte sur le point commun qui relie ces affaires : la prise de drogues et/ou d’alcool. Le Figaro s’interroge : « Des drogues peuvent-elles mener au cannibalisme ? ». Sous-jacente, il y a cette question : y a-t-il un cannibale qui sommeille en chacun de nous? Le professeur Michel Lejoyeux, spécialiste de psychiatrie et d’addictologie à l’université Paris-7, se veut rassurant : les effets hallucinogènes des drogues sont connus depuis longtemps et peuvent mener à des situations extrêmes. Dans le cas du « Cannibale de Miami », il serait plus opportun de parler de « comportement désorganisé » plutôt que de cannibalisme.

Quant à savoir si une attaque de zombies est possible, Marianne 2 y répond en citant les propos de Samita Andreansky, virologue à l’université de Floride de Miami, qui intervenait dans un documentaire de la chaîne National Geographic, La Vérité sur les zombies. D’après lui, une combinaison du virus de la rage avec un virus de la grippe mutée pourrait jeter les bases d’une pandémie de zombies dans le monde entier, similaire à celle entrevue dans le film à sensations 28 jours plus tard. En attendant, rendez-vous sur le site du CDC, pour apprendre en bande dessinée comment survivre à une attaque zombie. …

[1] http://bigbrowser.blog.lemonde.fr/2012/05/31/shaun-of-the-dead-vivre-a-lere-des-zombies/

Georges Vignaux

Publicités
Ce contenu a été publié dans Uncategorized par georgesvignaux. Mettez-le en favori avec son permalien.

A propos georgesvignaux

Directeur de recherche honoraire au Centre national de la recherche scientifique, Paris. Docteur d'Etat en linguistique et sciences cognitives (Paris7) Directeur de programmes en langage et cognition et nouvelles technologies de communication Chevalier dans l'Ordre national du Mérite

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s