du mythe au mythe rationnel 1

J’aime trop l’étymologie pour l’ignorer et je sais qu’elle fournit des généalogies précieuses. Ainsi en va-t-il de la notion de « mythe ».

On trouve ainsi dans le dictionnaire [1] plusieurs définitions qui témoignent du travail sémantique historique sur ce terme :

1. « Récit relatant des faits imaginaires non consignés par l’histoire, transmis par la tradition et mettant en scène des êtres représentant symboliquement des forces physiques, des généralités d’ordre philosophique, métaphysique ou social. Mythe solaire; mythe de Prométhée. Les mythes grecs…

• En partic. « Exposition d’une théorie, d’une doctrine sous une forme imagée. Mythe de la caverne de Platon…

• Par extension :
« Évocation légendaire relatant des faits ou mentionnant des personnages ayant une réalité historique, mais transformés par la légende. Mythe napoléonien; mythe de Don Juan; le mythe de Pétain…

2. « Représentation traditionnelle, idéalisée, concernant un fait, un homme, une idée, et à laquelle des individus isolés ou des groupes conforment leur manière de penser, leur comportement. Mythe du chef, du héros; mythe de l’argent, du confort, de la minceur, de la vitesse; mythe de la galanterie française; mythe de la grève générale

3. Par analogie:
 » Construction de l’esprit, fruit de l’imagination, n’ayant aucun lien avec la réalité, mais qui donne confiance et incite à l’action.

Fam. Chose rare, ou si rarement rencontrée, qu’on pourrait supposer qu’elle n’existe pas. »

 » Aspiration fondamentale de l’homme, besoin métaphysique : mythe du progrès! mythe de la puissance…

« Modèle parfait, type idéal représentant des symboles inhérents à l’homme ou des aspirations collectives. Mythe de la femme; mythe de l’innocence.

• Mythifier, verbe.
a) Emploi intrans., rare. Instaurer un mythe; faire, créer un mythe.
b) Emploi trans. Transformer (quelqu’un, quelque chose) en mythe; donner (à quelqu’un, à quelque chose) un aspect, une dimension mythique.

On voit que la dimension du légendaire traverse tout l’ensemble voire celle de l’imaginaire. Le mythe est présenté généralement comme construction humaine, à l’occasion faussée voire trompeuse. Une dualité sous-jacente parcourt le tout : celle du couple rationnel/irrationnel conçu comme couple des opposés. Il n’y a donc pas seulement le mythe cosmogonique, lequel vise à donner explication du monde ; il y a aussi le mythe que construit l’histoire, attaché à un héros, une épopée ou un phénomène social. Il y a enfin, le mythe rationnel tel que l’évoque Pierre Fraser, celui que progressivement instaure la science pour elle-même et contre les autres récits. Plusieurs questions surgissent ainsi :
– Quelles structures charpentent les uns et les autres ?
– Quels processus ont en commun certaines catégories de mythes ?
– Comment se construit historiquement le rationnel versus l’irrationnel ou le magique ?

Georges Vignaux

[1] Trésor de la Langue française

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A propos georgesvignaux

Directeur de recherche honoraire au Centre national de la recherche scientifique, Paris. Docteur d'Etat en linguistique et sciences cognitives (Paris7) Directeur de programmes en langage et cognition et nouvelles technologies de communication Chevalier dans l'Ordre national du Mérite

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