Charlatans : le régime Atkins

Le livre du régime Atkins (La révolution diététique, paru en français chez Buchet Chastel, 1995) a été vendu à plus de 45 millions d’exemplaires sur 40 ans, et en pleine « épidémie » d’obésité ce régime et les produits Atkins associés sont devenus populaires. Le régime déclare être efficace pour perdre du poids, en restreignant seulement la consommation d’hydrates de carbone sous les 30 grammes par jour. Les régimes pauvres en hydrates de carbones sont considérés comme des régimes charlatanesques, mais des recherches récentes posent la question.

Une revue systématique des régimes pauvres en hydrates de carbone conduit à conclure que la perte de poids réalisée est associée à la durée du régime et à la restriction de consommation énergétique, et non pas à la restriction d’hydrates de carbone. Le paradoxe apparent, comme quoi une consommation non limitée d’aliments gras favorise la perte de poids, pourrait être dû à la sévère restriction en hydrates de carbone qui épuise les stocks de glycogène, provoquant une excrétion d’eau associée, la nature cétonique du régime étant un suppresseur de l’appétit ; l’importante teneur en protéines provoque la satiété et réduit la consommation spontanée de nourriture, ou limite les choix alimentaires, ce qui réduit la consommation calorique.

L’augmentation croissante du phénomène de surpoids et d’obésité a intensifié la recherche de régimes pour perdre du poids. Mais l’épidémie d’obésité persiste malgré une baisse substantielle de la consommation de gras, et l’augmentation compensatoire des hydrates de carbone, particulièrement comme dans les féculents et le sucre, a été condamnée. [1] Les régimes pauvres en hydrates de carbone sont populaires depuis les années 1860 [2] quand un dénommé William Banting déclara avoir perdu 21 kg sans sensation de faim. De nombreux livres sur les régimes pauvres en hydrates de carbone ont vu le jour, le plus connu étant celui du Dr Atkins et sa « Révolution diététique »3 dans lequel le plan d’alimentation ne décrit pas seulement un régime, mais plutôt une « philosophie de la nutrition », avec des suppléments en vitamines et minéraux ainsi que des exercices réguliers.

Le régime Atkins a immédiatement plu à beaucoup de monde car, en plus des recommandations dans les restrictions alimentaires d’hydrates de carbone, principalement sous forme de salades, légumes sans féculents,[4] il autorisait une consommation illimitée de protéines et de graisses permettant paradoxalement de perdre du poids. Les bénéfices du régime Atkins, qui, selon une estimation, a été suivi par 20 millions de gens dans le monde, seraient une perte de poids, une bonne santé et une prévention de la maladie. Il semble donc idéal. Mais quelles sont les preuves scientifiques soutenant ces affirmations ?

La perte de poids avec les régimes pauvres en hydrates de carbone

En 2003, trois études ont rapporté les effets à long terme des régimes faibles en hydrates de carbone. Dans la première étude, 132 personnes obèses (39% avaient un diabète de type 2 et 43% un syndrome métabolique) étaient tirées au hasard soit pour suivre un régime faible en hydrates de carbone, soit un régime faible en lipides et peu calorique pendant 6 mois.[5] Ceux faisant partie du groupe au régime pauvre en hydrates de carbone avaient perdu entre 3 et 9 kg de plus que les autres en 6 mois, mais à 12 mois la différence n’était plus significative (1,9kg). Dans une autre étude sur 6 mois, 53 femmes obèses ont été tirées au hasard pour suivre des régimes différents, et le groupe au régime pauvre en hydrates de carbone avait encore perdu plus de poids (8,5 kg contre 3,9kg) après 6 mois.

La troisième étude sur 12 mois a étudié 63 participants non diabétiques tirés au hasard pour faire partie d’un groupe suivant un régime Atkins et un autre groupe suivant un régime faiblement calorique partagé en 25% de lipides, 15% de protéines et 60% d’hydrates de carbone. Après 6 mois, le groupe pauvre en hydrates de carbone faisait mieux, avec une perte de poids entre 7 et 0% contre 3 et 2%, mais après 12 mois la différence entre les deux groupes n’était de nouveau plus significative (à 4,4% contre 2 et 5%).

Ces études fournissent des preuves qu’un régime pauvre en hydrates de carbone produit une augmentation de la perte de poids sur 3-6 mois, mais les études sur 12 mois indiquent que les régimes de type Atkins ne sont pas meilleurs sur le long terme. Ces études ont cependant d’importantes limitations. Les adhésions aux régimes étaient faibles et les taux d’abandons importants. En outre, les régimes faibles en lipides apportaient 33% des calories sous forme de lipides, ce qui est plus que les 20-30% normalement consommés lors d’un régime pauvre en gras. Il n’y a donc pas de preuves suffisantes comme quoi les régimes pauvres en hydrates de carbone sont supérieurs sur le long terme à ceux faiblement caloriques et pauvres en lipides.

Les mécanismes sous-jacents à la perte de poids

Pendant une sévère restriction en hydrates de carbone, le glycogène et l’eau associée sont épuisés, ce qui fait que la perte de poids peut principalement provenir d’une perte de fluide plutôt que de graisse. Deux études qui ont mesuré la composition du corps par rayons-X n’ont cependant pas trouvé d’indication d’une réduction excessive de la masse maigre.[6,7] Ainsi, la plus grande perte de poids sur 6 mois semble être attribuable à une perte de graisse, soutenue par des changements bénéfiques dans les facteurs de risque cardiovasculaires.

La consommation des stocks de glycogène produit de l’acide cétonique identique à l’effet rencontré pendant un jeûne, mais la perte d’énergie via la sécrétion urinaire de cétones ne peut pas rendre compte de plus de quelques kJ par jour. Les cétones circulant pourraient supprimer l’appétit, mimant l’anorexie de la famine. Cependant, aucune association entre les cétones urinaires et la perte de poids n’a été perçue dans aucune étude.

Selon le livre d’Atkins, le poids est perdu avec son régime grâce à une augmentation de la dépense énergétique. Cependant, bien qu’aucune étude n’ait mesuré la dépense énergétique journalière avec ce régime, il n’y a aucune preuve qu’un régime riche en graisses et en protéines soit particulièrement thermogénique. La graisse a un faible effet thermogénique, et bien qu’un régime riche en protéines puisse augmenter la dépense énergétique de 2 à 3% sur 24 heures, un tel effet ne peut pas compter pour plus qu’une toute petite fraction de la perte de poids observée.
Le succès du régime faible en hydrates de carbone pourrait être dû à la réduction dans la variété des choix alimentaires, la monotonie et la simplicité du régime pourrait inhiber l’appétit et l’absorption de nourriture. Ainsi, les protéines induisent un plus fort effet de satiété que les graisses et que les hydrates de carbone, ce qui réduirait la consommation de nourriture et donc le poids. [8]

La perte de poids avec un régime à faible teneur en hydrates de carbone est probablement causée par une combinaison de la réduction des choix alimentaires et de l’augmentation de la satiété produite par les aliments riches en protéines. Cette hypothèse reste à confirmer. Un régime riche en protéines n’est pas nécessairement riche en graisses.

La sécurité des régimes faibles en hydrates de carbone

Quoique surprenantes, des améliorations importantes de certains facteurs de risque cardiovasculaires ont été observées chez les personnes ayant suivi un régime pauvre en hydrates de carbone. Parce que même une petite perte de poids améliore les taux de lipides et la tolérance au glucose, ces améliorations peuvent être attribuées à la plus importante perte de poids des régimes pauvres en hydrates de carbone. Qu’arrive-t-il aux facteurs de risque lorsque la perte de poids décline ? Aucune étude n’a de durée suffisante pour étudier ce point, mais des études chez les enfants épileptiques ayant suivi un régime pauvre en hydrates de carbone a montré des effets secondaires sur le taux de lipides sanguin.

La plainte la plus fréquente avec ce type de régimes est une constipation et des migraines, ce qui s’explique par la consommation réduite de fruits, de légumes, de pain et de céréales complets. Une réduction de ces aliments n’est pas commensurable avec une adéquation nutritionnelle à long terme, et cela pourrait poser un risque de maladie cardiovasculaire et de cancer. Une halitose, des crampes musculaires, diarrhée, une fatigue générale et des irritations sont aussi plus souvent rapportés lors des régimes pauvres en hydrates de carbone que ceux limités en graisses. [9]

La recherche future

Les mécanismes responsables de la perte de poids avec les régimes pauvres en hydrates de carbone doivent être clarifiés. Est-ce la dépense énergétique sur 24h qui est responsable de la perte de poids comme l’affirme Atkins ? Si la perte de poids est plutôt due à la réduction de la consommation énergétique, est-il possible de faire de même en augmentant les protéines dans un régime pauvre en graisses ?

Il y a un besoin urgent pour des études plus longues et plus larges chez les personnes obèses pour évaluer l’efficacité de la perte de poids, avec des évaluations rigoureuses de la balance énergétique et de la composition corporelle, des risques de diabète et cardiovasculaires, de la constipation, des marqueurs de reins et de la santé osseuse, de l’adéquation nutritive, de l’équilibre diététique et de la qualité de la vie.

Conclusion

Il n’y a pas assez de preuves établissant que les régimes du style de celui d’Atkins soient meilleurs que les autres pour aider les gens à rester minces, et malgré la popularité du régime Atkins, les preuves de ses résultats attendent toujours. Bien que le régime semble aider à perdre du poids sans sensation de faim, sur le court terme, les effets à long terme sur la santé et la prévention de la maladie demeurent inconnus.

Les patients qui veulent essayer ces régimes devront savoir que, bien que la sécurité ne puisse être garantie, ils semblent sans danger dans le cadre d’une utilisation à court terme (6 mois) tant que la perte de poids dure. Scientifiquement, la recommandation la plus solide pour les utilisateurs qui veulent perdre du poids, et garder le bénéfice de cette perte de poids, est un changement permanent vers un régime basses calories et sans graisses associé à de l’activité physique, ce qui réduira aussi l’incidence du diabète de type 2 et les risques d’infarctus. [10]
1. Daniels SR. Abnormal weight gain and weight management: are carbohydrates the enemy J Pediatr 2003; 142: 225-27.
2. Banting W. Letter of corpulence. 4th edit London: Harisson, 1869.
3. Atkins RC. Dr. Atkins’ new diet revolution. New York. Simon & Schuster; 1998.
4. Freedman MR. King J, Kennedy E. Popular diets: a scientific review. Obes Res 2001; 9: 1S-40S.
5. Krauss RM, Eckel RH, Howard B, et al. AHA dietary guidelines: revision 2000. A statement for healthcare professionals from the Nutrition Committee of the American Heart Association. Circulation 2000; 102: 2284-99.
6. Samaha FF, Iqbal N, Seshadri P. et al. A low-carbohydrate as compared with a low-fat diet in severe obesity. N Engl J Med 2003; 348: 2074-81.
7. Mikkelsen PB. Toubro 5, Astrup A. The effect of fat-reduced diets on 24-h energy expenditure: comparisons between animal protein, vegetable protein, and carbohydrate. Am J Clin Nutr 2000; 72: 1135-41.
8. Westman EC, Yancy WS, Edman JS, Tomlin KF. Perkins CE. Effect of 6-month adherence to a very low carbohydrate program. Am J Med 2002; 113: 30-36.
9. Yancy WS, Olsen MK, Guyton JR. Bakst RP, Westman EC. A low-carbohydrate, ketogenic diet versus a low-fat diet to treat obesity and hyperlipidemia. Ann Intern Med 2004; 140: 769-77.
10. Singh RB, Dubnov G, Niaz MA, et al. Effect of an Indo-Mediterranean diet on progression of coronary artery disease in high risk patients (Indo-Mediterranean Diet Heart Study): a randomised single-blind trial. Lancet 2002; 360: 1455-61.

* Cf. http://www.charlatans.info/medecine_sante.shtml

Georges Vignaux, 2012

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A propos georgesvignaux

Directeur de recherche honoraire au Centre national de la recherche scientifique, Paris. Docteur d'Etat en linguistique et sciences cognitives (Paris7) Directeur de programmes en langage et cognition et nouvelles technologies de communication Chevalier dans l'Ordre national du Mérite

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