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Le journalisme rémunéré est mort ! Vive le Huffington Post !

J’admets, le titre est accrocheur, un peu chargé, avec une pointe d’ironie doublée d’un point d’exclamation ! En fait, je voudrais tout simplement attirer votre attention sur un sujet dont j’ai déjà traité ailleurs dans mon livre « Dindification — Développer son esprit critique dans un monde du prêt-à-penser » publié chez Transcontinental.

Dans ce livre iconoclaste, j’ai soulevé un argument intéressant qui se veut une tendance de fond, à savoir que nous travaillons tous gratuitement pour enrichir les Google, Facebook et Twitter de ce monde. En fait, je démontrais avec force arguments que c’est la nature même des technologies numériques qui l’exige, car celles-ci sont un puissant outil de désintermédiation. C’est-à-dire que les technologies numériques transfèrent dans les mains de tous la capacité de créer de l’information à des coûts approchant le zéro sans nul besoin d’intermédiaires pour éditer, publier et diffuser l’information, alors qu’il y a peu, ce processus était le privilège de quelques puissants conglomérats médiatiques.

La direction du Huffington Post — journal fondé par Arianna Huffington et racheté par AOL —, a compris ce principe de désintermédiation, et a tout simplement poussé un peu plus loin la logique que j’exprimais alors. Le Huffington Post demande à des gens connus et des célébrités, tout à comme à des gens peu connus, de collaborer au journal en tant que blogueur sans recevoir quelque rémunération que ce soit. Ici, on mène à sa conclusion la prémisse de Clay Shirky, le gourou des médias numériques, voulant que « l’information veut être gratuite ».

En procédant ainsi, le Huffington Post met à mal tout l’écosystème du journalisme qui s’est constitué depuis 150 ans. On comprendra que les intentions de ces blogueurs non rémunérés sont de multiples natures, et là n’est pas le débat ; il se situe plutôt dans le fait que, l’information, une fois affranchie des cadres financiers qui la retenaient, trouve d’autres canaux d’expression. Peut-on considérer la chose comme du journalisme ? Je laisse le soin aux exégètes d’en débattre.

Nous sommes ici en présence d’un puissant rouleau compresseur que rien n’arrêtera, celui de la désintermédiation d’une multitude de secteurs de l’activité humaine et économique rendue possible par les technologies numériques. En fait, le journalisme n’est que la pointe de l’iceberg du phénomène, car d’autres secteurs entrent dans la danse malgré eux, et les prochaines cibles d’envergures sont la médecine, la santé, le fitness et l’alimentation.

En terminant, je voudrais souligner à tous ceux intéressés par la chose, que la mise sur pied de journaux locaux en ligne, ou bien de journaux déjà existants, où les journalistes sont rémunérés et/ou protégés par des syndicats, est un processus d’avance voué à l’échec à plus ou moins long terme. Une boîte de Pandore, celle des technologies numériques a été ouverte — du point de vue des médias, bien sûr — et elle ne pourra être refermée.

Retenez bien ceci, et ça vaut surtout pour les prochaines années à venir : « Une désintermédiation massive de la société est en cours, celle-ci lourdement supportée par les technologies numériques. » C’est ce que, personnellement, je nomme « La 4e Vague ».

© Pierre Fraser, 21 décembre 2011

L’auteur, Pierre Fraser, est actuellement candidat au doctorat en sociologie, et s’intéresse tout particulièrement aux capacités désintermédiatrices des technologies numériques. Son postulat de base est que la société actuelle entre dans une phase massive de désintermédiation où l’individu est de plus en laissé à lui-même et appelé à se responsabiliser face à tout ce qui le concerne, car les technologies numériques pour le faire seront bientôt disponibles et continueront à se développer à une vitesse effarante. La santé est déjà engagée dans ce processus irréversible, et c’est ce qu’il tentera de démontrer dans sa thèse de doctorat.

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L’insoutenable légèreté de la Solitude 2.0

2.0 dites-vous ? Eh oui, c’est la nouvelle formule pour aller au-delà de ce qui est 1.0. Le 1.0, c’est tellement insipide, incolore et inodore. Ça fait tellement 2005. Nous sommes entrés dans l’interaction, comme si nous n’avions jamais interagi avant l’avènement des réseaux sociaux. C’est fou comment on arrive à découvrir des vérités déjà existantes. Les gourous du Web nous révèlent la voie. Ils nous pavent le chemin vers un paradis où seuls les branchés jouissent de la plénitude de la conscience planétaire.

Oh ! mais c’est différent cette fois-ci, me direz-vous. On interagit par technologies interposées. Un petit pas pour l’homme, un bond de géant pour l’humanité ! Quelle avancée. Obligé d’être connecté pour communiquer. Obligé de payer un forfait à son opérateur télécom pour communiquer. Obligé d’avoir entre les mains le dernier gadget mobile à la mode pour communiquer. Obligé de répondre à la communication dès que le gadget vibre. Définitivement, on n’arrête pas le progrès !

Et on s’isole. On s’isole tellement dans l’interaction avec l’autre, que nous désapprenons à être seul. Dans ce monde moderne constamment branché, reliés que nous sommes aux milliers de fils invisibles de la communication, suffit de quelques minutes où personne ne nous rejoint par l’intermédiaire des réseaux sociaux ou du courrier électronique pour se sentir solitaire. Nous avons élevé une génération à être constamment branchée. Nous avons inventé la solitude 2.0, celle de se sentir seul quand on n’est pas connecté.

La solitude, la vraie, pas celle de la déconnexion, est régénératrice. Être seul, profiter de la solitude, c’est faire un retour sur soi-même. C’est prendre conscience de sa place par rapport à son environnement. C’est faire le point. Si vous pensez que le fait d’être mentionné sur Twitter, ou d’avoir un « J’aime » sur Facebook, ou +1 sur Google+ a vraiment quelque chose à voir avec vos relations avec autrui, c’est peut-être que vous laissez votre capacité à être seul entre les mains de la technologie.C’est ça la Solitude 2.0. Être seul par technologie interposée tout en étant simultanément connecté à des milliers de gens…

©  , 2011

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