Coaches en tout genre : danger !

Surmédiatisé, le coaching reste une profession « obscure ». Selon la Société française de coaching (SFCoach), c’est un « accompagnement de personnes ou d’équipes pour le développement de leurs potentiels et de leurs savoir-faire dans le cadre d’objectifs professionnels ».

Le marché du coaching professionnel est juteux. Selon SFCoach, il a frôlé en 2008 les 75 millions d’euros mais en vérité, il atteindrait… plus de 400 millions d’euros ! En France entre 2.500 et 3.000 coachs d’entreprise se partagent les recettes, sachant qu’une séance pour un particulier peut être facturée 100 euros et qu’une séance pour coacher une équipe peut se monter à 10.000 euros.

La profession n’est pas réglementée et aucun diplôme n’est reconnu ! Certains s’inquiètent et dénoncent une manipulation « à coups de normes et de dépendance ». Pour pallier ce risque, certaines associations comme la Société française de coaching (SFCoach) et l’Association européenne de coaching tentent de professionnaliser « ce nouveau métier ». Moyennant 550 euros, « un jury d’experts » mandaté par la SFCoach accrédite environ 200 coachs par an. Ils créent ainsi « un code de déontologie ».

Malgré ces efforts, « le coaching reste insuffisamment visible et lisible dans sa pratique et dans ses intentions », déplore Henri-Pierre Debord, conseiller à la MIVILUDES, car explique-t-il, certains prestataires en lien avec des sectes « s’insèrent de plus en plus dans les formations ». Les coachs sont ensuite utilisés « comme vecteur d’accès aux rouages économiques » de certaines sociétés.

L’escroquerie du coaching

Selon Robert Ebguy, sociologue et directeur de recherches au Centre de communication avancée, pour survivre, les individus sont désormais poussés à entrer dans le moule d’une société de plus en plus dure. Dans cette société qui devient une machine « à fabriquer de la précarité et de l’exclusion, les individus ont peur de ne pas être à la hauteur ». [1]

Pour le sociologue, la première escroquerie du coaching « est qu’il part du postulat que le monde, notamment l’entreprise, est immuable et intangible ». C’est à l’individu de changer et de se conformer. La deuxième escroquerie du coaching est la promesse de faire de l’individu un homme nouveau, proche de « superman » !

Derrière « un vocabulaire humaniste », le coaching « présente l’avantage » de neutraliser les conflits. La violence ne s’extériorise plus, mais est retournée contre soi ! Il ne faut pas oublier que le coach est payé par le patron pour synchroniser les ambitions et les désirs du salarié avec ceux de l’entreprise et ne travailler l’épanouissement personnel que « sous l’angle de l’adaptation sociale ». Robert Ebguy conclut son analyse an comparant le coaching à une « philosophie de banc de poissons » dans laquelle les parcours sont modélisés et les consciences synchronisées…

[1] – Robert Ebguy, Je hais le développement personnel, Paris, Eyrolles, 2008.
- Mike Burke, Bernard Cathelat, Sandrine Cathelat, Robert Ebguy,
Styles de vie. Entreprise, démondialisation, parité, famille, gouvernance, travail, communautés, internet, santé, école, médias, multinationale, médiateurs, immigration, bioéthique, justice, vie privée, Paris, Eyrolles, décembre 2011.

Georges Vignaux, 2011

About these ads

A propos georgesvignaux

Directeur de recherche honoraire au Centre national de la recherche scientifique, Paris. Docteur d'Etat en linguistique et sciences cognitives (Paris7) Directeur de programmes en langage et cognition et nouvelles technologies de communication Chevalier dans l'Ordre national du Mérite

2 réponses à “Coaches en tout genre : danger !”

  1. Juvin Denis dit :

    Bonjour,

    Vous n’êtes pas tendre avec les Coachs, pourtant, bien que coach moi-même, je vous rejoins à propos du coaching en entreprise quand vous dites qu’il s’agit, pour la plupart, de transformer l’homme sans modifier la structure dans laquelle il travaille.
    C’est pour cela que je travaille souvent en binôme avec des consultants pour agir sur la personne en même temps que la structure évolue,
    Bien sûr, en fonction de la personnalité des dirigeants et de leur ouverture d’esprit, il est plus ou moins facile d’aller dans le sens qu’il faudrait.
    Il faut alors argumenter sur le fait que ce n’est que quand les personnes se sentent vraiment bien qu’elles sont vraiment performantes, mais comme vous le dites, l’argent et la rentabilité à court terme sont là pour mettre la pression sur le patron qui la transfère à ses employés..
    C’est un travail de longue haleine, mais passionnant, en plus aujourd’hui des outils sont apparus pour nous aider dans le constat des RPS en s’appuyant sur les neurosciences , mais cela vous le savez sûrement déjà.

    Une fois de plus il est dommage de juger une profession sur les faits exercés par quelques uns, même s’ils sont nombreux à faire de l’argent en vendant leur prestations bien au-dela des prix dont vous parlez.

    Au moins cela aura t-il eu le mérite de me faire réagir et réfléchir au positionnement de notre profession.

    Merci donc!

    Denis Juvin

    • georgesvignaux dit :

      Bravo pour votre sérénité et votre lucidité ! Il était important d’attirer l’attention sur les "contrebandiers" du terme !
      Georges Vignaux

Poster un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

%d bloggers like this: