Sortons les pauvres de la pauvreté : mission impossible
S’il y a une chose qui agace tous les néolibéralistes, c’est, vous l’aurez compris au titre de ce billet, la pauvreté. Par exemple, les données de 2010 du bureau de la Statistique des États-Unis nous tracent un portrait désolant de cette société qui a confondu libéralisme et consumérisme : 14,3 % de la population américaine vit sous le seuil de la pauvreté. Un revenu annuel de 10,830 $ fait de vous un pauvre dans le pays le plus puissant de la planète ! Honte nationale ? Bien sûr. Par contre, selon vos convictions, cette honte peut se régler de différentes façons.
Pour les néolibéralistes et tous ceux qui croient en la puissance du marché, le seul moyen de sortir les gens de la pauvreté est de réduire les impôts et d’abolir certaines réglementations contraignantes qui inhibent la création d’emploi. Dans la vision du libéralisme, la redistribution de la richesse figure au premier plan, tout comme d’assurer une vie décente à chaque citoyen est une préoccupation constante.
Depuis 1965, les États-Unis ont versé plus de 13 mille milliards de dollars pour combattre la pauvreté sans jamais en venir à bout. Dans la tête d’un comptable où la vie se résume à deux colonnes, pertes et profits, il est clair que, dans un tel cas de figure, il y a là une perte énorme. Autrement dit, il n’y a pas eu de retour sur investissement, et les pauvres ne sont pas devenus autosuffisants.
Il est facile de comprendre pourquoi les tenants du néolibéralisme proposent des mesures qui vont dans le sens d’un livre comptable : mettre l’accent sur ce qui rend la pauvreté moins confortable, créer de la prospérité en réduisant les irritants qui nuisent à la création d’entreprises, réformer le système scolaire pour encourager l’esprit de compétition chez les jeunes, amener le pauvre à épargner, etc. Pour le néolibéraliste, un programme de lutte à la pauvreté ne devrait pas se mesurer aux sommes qu’on y injecte, mais aux sommes que nous en retirons. Quelle détestable idée.
Le modèle américain de lutte contre la pauvreté, n’en déplaise aux Canadiens, aux Français, aux Britanniques, aux Belges, etc., est en passe de déteindre sur tous ces pays. La chose se fait de façon insidieuse et perverse. Jour après jour, des politiques néolibérales sont votées dans votre pays pour gruger un peu plus des acquis d’une société qui se préoccupe d’inclure ses citoyens et non de les exclure. L’exclusion de celui qui ne peut être autosuffisant sera bientôt la norme. Et si vous êtes âgé de cinquante-cinq ans et plus et que vous avez perdu votre emploi, vous risquez de faire les frais de la lutte néolibérale à la pauvreté.
© Pierre Fraser, 2011
